Un capitalisme de catastrophe, un livre de Naomi Klein par Joseph E.Stiglitz

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Dans The shock Doctrine, la journaliste canadienne montre commnt les fantaiques du marché profitent de cataclysmes, naturels ou non, pour imposer leurs mesures économiques à des pays dévastés. Le prix Nobel d’économie Josph Stiglitz en fait le compte rendu pour le New York Times. Je voudrais ajouter en citant J.Stiglitz dans cet article « Dans le cône sud (Chli-Argentine), où est né le capitalisme contemporain, la guerre contre le terrorisme était une guerre contre tous les obstacles à l’ordre nouveau », écrit-elle. Naomi Klein décrit en détail les machinations politiques nécessaires pour imposer des mesures économiques douloureuses à des pays récalcitrants et les ravages qu’elles font. » (1) Il ne s’agit pas d’une “conspiration”, mais bien de l’analyse de la manière dont ultra-libéralisme et répression, terreur, guerre, vont de concert. Nous ne pouvons pas, nous Français, un pays “récalcitrant” nous interroger sur la manière dont l’actuel gouvernement est prêt à mener son offensive thatchérienne, pour le moment il s’agit de détruire les syndicats, de rompre les résistances…

Il n’y a pas de hasard dans le monde tel que le voit Naomi Klein. A la Nouvelle-Orléans, à la suite des inondations occasionnées par l’ouragan Katrina en août 2005, beaucoup d’habitants noirs et pauvres ont été chassés de la ville, et la plupart des écoles publiques ont été remplacés par des charter schools (établissements financés par les fonds publics et gérés par le privés). La torture et les assassinats au Chili du temps du général Pinochet (1973-1990) et pendant la dictature militaire en Argentine (1976-1983) ont été un moyen de briser la résistance au marché. L’instabilité de la Pologne et de la Russie après l’effondrement du communisme, et de la Bolivie après l’hyperinflation des années 1980 a permis aux gouvernements de ces pays d’imposer une thérapie de choc économique à une population réfractaire. Et puis il y a la « stratégie de Washington pour l’Irak » : »Traumatiser et terroriser le pays tout entier, détruire délibérément ses infrastructures, laisser mettre à sac sa culture et son histoire, puis réparer les dégâts en inondant le pays d’appareils ménagers bas de gamme et de produits alimentaires de mauvaise qualité importés ».
Dans son ambitieux livre « The Shack Doctrine » (La doctrine du choc), Noami Klein examine l’histoire économique des cinquante dernières années et la montée de l’intégrisme du marché dans le monde. Le « capitalisme de catastrophe » comme l’appelle Noami Klein, est un système violent qui nécessite parfois le recours à la terreur. Comme Pol Pot proclamant l’année zéro à l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges au Cambodge, en 1975, Le capitalisme extrême affectionne les pages blanches, trouvant souvent un débouché après une crise ou un « choc ». la crise asiatique de 1997, par exemple, nous dit Naomi Klein, a fourni au Fonds monétaire international (FMI) l’occasion de mettre en place des programmes dans la région et a ouvert la voie à la privatisation de nombreuses entreprises publiques, rachetées par des banques et des multinationales occidentales. Le tsunami de décembre 2004 a donné aux autorités srilankaises la possibilité de chasser les pêcheurs du front de mer pour vendre des terrains à des groupes hôteliers. Les attentats du 11 septembre 2001 ont permis à G.W.Bush de lancer une guerre destinée à convertir l’Irak à l’éconmie de marché.
Dans un des premiers chapitres de son livre , Naomi Klein compare la politique économique du capitalisme radical à la thérapie de choc administré par les psychiatres. Elle interviewe Gail Kastner, l’un des cobayes sur lesquels la CIA expérimentera en secret dans les années 1950 de nouvelles techniques d’interrogatoires. L’idée d’Ewen Cameron, le psychiatre qui mena ces expériences, était d’utiliser les électrochocs pour briser ses patients. Après les avoir « déstructurés complètement »pensait-il, il pourrait les reprogrammer. Mais Cameron n’a jamais réussi à les reconstruire après les avoir brisés. La comparaison que Noami Klein établit avec un chercheur fou de la CIA est un peu forcée, mais pour elle, les enseignements de l’expérience sont clairs. « Les pays sont traumatisés- à la suite d’une guerre, d’un attentat, d’un coup d’Etat, d’une catastrophe naturelle ». Puis ils « sont traumatisés à nouveau par des entreprises et des politiques qui exploitent la peur et la désorientation créées par le premier choc pour imposer une thérapie de choc économique ». Ceux qui »osent résister » sont traumatisés une troisième fois « par la police, par l’armée, par ceux qui interrogent en prison ».
Noami Klein consacre un autre chapitra introductif à l’économiste Milton Friedman (1912-2006)- elle l’appelle « l’autre docteur choc »- et à la façon dont il a rallié les économistes et conquis les économies latino-américaines. Dans les années 1950, tandis que cameron menait ses expériences, l’école de Chicago développait les idées qui allaient éclipser les théories de Raul Prebisch, un tenant de ce qu’on appellerait aujourd’hui la troisième voie, et d’autres économistes en vogue en Amérique latine à l’époque. Naomi Lein cite les propos de l’économiste chilien Orlando Letelier sur « l’harmonie profonde » qui régnait entre la  terreur du régime de Pinochet et la politique ultralibérale du régime de Pinochet. Letelier estimait que Milton Friedman avait sa part de responsabilité dans les crimes du régime et réfutait l’idée qu’il n’eut été qu’un « conseiller technique ». Letelier a été tué en 1976 dans un attentat à la voiture piégée commis à Washington par la police secrète de Pinochet. Pour Naomi Klein, il fut une victime de plus des « Chicago Boys » (groupe d’économistes chiliens formés à l’Université de Chicago où enseignait Milton Friedman), qui cherchaient à imposer des politiques néolibérales dans la région. « Dans le cône sud, où est né le capitalisme contemporain, la guerre contre le terrorisme était une guerre contre tous les obstacles à l’ordre nouveau », écrit-elle. Naomi Klein décrit en détail les machinations politiques nécessaires pour imposer des mesures économiques douloureuses à des pays récalcitrants et les ravages qu’elles font.Elle décrit l’arrogance non seulement de Friedman, mais aussi de  ceux qui ont adopté ses doctrines, parfois au service d’intérêts plus privés. Elle nous rappelle combien de personnes impliquées dans la guerre d’Irak l’avaient déjà été dans d’autres épisodes honteux de l’histoire de la diplomatie américaine. Naomi Klein voit une parenté évidente entre la torture pratiquée dans l’Amérique latine des années 1970 et celle pratiquée à Abou Ghraib et à Guantanamo.
 Naomi Klein n’est pas une universitaire et ne saurait être jugée comme telle. Son ouvrage comporte parfois des simplifications excessives. Mais on peut en dire autant de Fiedman et des autres adeptes de la thérapie de choc, puisque leur foi en la perfection de l’économie de marché reposait sur des modèles supposant une concurrence parfaite, des marchés à risques parfaits.De fait il y a beaucoup plus à dire contre ces politiques que ne le fait Naomi Klein. Elles n’ont jamais reposé sur des bases empiriques et théoriques solides, et, au moment même où beaucoup de ces mesures étaient mises en œuvre, de brillants économistes expliquaient les déficiences du marché – par exemple chaque fois que l’information est imparfaite, c’est-à-dire toujours.
Naomi Klein n’est pas économiste mais journaliste, et elle a parcouru le monde pour savoir ce qui s’est réellement passé sur le terrain lors de la privatisation de l’Irak, au lendemain du tsunami asiatique, pendant la transition polonaise vers le capitalisme et dans les années qui ont suivi l’arrivée au pouvoir du Congrès national africain (ANC) en Afrique du Sud. Ces chapitres sont les moins séduisants du livre, mais ce sont aussi les plus convaincants. Dans le cas de l’Afrique du Sud , Naomi Klein interviewe des militants et d’autres personnes pour découvrir qu’il n’y a pas de réponse unique. Occupé à éviter une guerre civile dans les premières années après la fin de l’apartheid, l’ANC n’a pas compris à quel point la politique économique était importante. Craignant de faire fuir les investisseurs étrangers, il a pris conseil auprès du FMI et de la Banque mondiale et mis en œuvre une politique de privatisation, de réduction des dépenses publiques, de flexibilisation du marché du travail, etc.
Cela n’a pas empêché deux des plus grandes entreprises sud-africaines, South African Breweries et Anglo-American, de délocaliser leur siège social à Londres. L’Afrique du sud a un taux de croissance moyen de 5%- un chiffre décevant, bien inférieur à celui des pays d’Asie de l’Est, qui ont emprunté une voie différente ; le taux de chômage de la population noire majoritaire, est de 48% : et le nombre de personnes qui vivent avec moins de 1 dollar par jour est passé de 2 millions en 1994, année de l’arrivée au pouvoir de l’ANC, à 4 millions aujourd’hui.
Certains lecteurs verront peut-être dans les données recueillies par Noami Klein la preuve d’une vaste conspiration, idée qu’elle rejette explicitement. Ce ne sont pas les conspirations qui ravagent le monde, mais l’accumulation de mauvais choix, de politiques vaines et d’injustices petites et grandes. Ces décisions sont cependant guidées par des conceptions plus larges. Les intégristes du marché n’ont jamais vraiment compris les institutions nécessaires au bon fonctionnement d’une économie et encore moins le tissu social dont les civilisations ont besoin pour prospérer. Naomi Klein termine sur une note d’espoir en parlant des organisations non gouvernementales et des militants du monde entier qui tentent de changer les choses. Au terme de 500 pages de The Shock Doctrine, il est clair qu’ils ont du pain sur la planche (1).

Article traduit pour le Courrier international

(1) The Shock  Doctrine est publié chez Penguin Press, Londres, 2007. La traduction française paraîtra en septembre 2008 chez Acte Sud.
 Sur cet optimisme de Noami Klein en ce qui concerne les organisations non gouvernementales, il est difficile de le partager totalement tant les exemples désormais abondent à commencer chez nous par Reporter sans Frontières, et en voyant par exemple dans l’article que nous avons inscrit ici même sur le rôle de déstabilisation du gouvernement Chavez par  des ONG au Venezuela, les ONG peuvent être un vivier de militants déçus par la politique traditionnelle, voyant une issue dans l’humanitaire et en fait l’instrument permanent de manipulation par les USA, voire par les gouvernements alliés en place. Il faudrait également considérer comment une officine dont le dirigeant à vie Robert Ménard a reconnu être financé par la NED (CIA) peut non seulement mener les campagnes qui intéressent les puissances occidentales, ne jamais mettre en cause le système de propagande qui soumet la presse occidentale aux annonceurs et aux groupes de presse. Cette ONG jouit d’une publicité qui est réfusé aux syndicats de journalistes qui tentent de dénoncer les conditions actuelles de leur métier et donc réclamer un droit à l’information. Il faudrait un jour envisager une véritable analyse des forces militantes en état de résistance au capitalisme de catastrophe.

2 Réponses vers “Un capitalisme de catastrophe, un livre de Naomi Klein par Joseph E.Stiglitz”


  1. 1 JACQUES RICHAUD 29 octobre 2007 à 11:37

    DERRIERE LE CAPITALISME ?
    A propos de la «Schock Doctrine » de Naomi Klein

    Cette «schock doctrine », capitalisme de catastrophe ici analysé, porte un éclairage de grand intérêt, mais selon moi avec le risque d’une analyse dangereusement incomplète. J’attendrai bien sur l’édition annoncée en septembre 2008 chez Acte Sud pour confirmer ou infirmer cette impression première.

    Redire que «ultra libéralisme, répression, terreur, guerre, vont de concert » c’est seulement réactualiser le propos de Jaurès disant que «le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage » et cela reste vrai en ce début de XXIme siècle, comme l’évidence du fait que les leçons ne sont pas tirées de l’histoire du siècle précédent.

    Ce que semble nous dire Naomi Klein c’est que le capitalisme «saisit des opportunités », naturelles ou facilitées, pour imposer ses «thérapies de choc » auxquelles seront nécessairement associés des processus de renforcement de l’ordre sécuritaire. Elle a raison sans doute de rappeler, après l’économiste Chilien Letelier qui fut peu après assassiné aux USA, la responsabilité écrasante des penseurs du modèle économique, tels que Milton Friedman, dans les désastres intervenus dans le sud du continent américain, ainsi que l’actualité du parallélisme avec d’autres tragédies contemporaines. Mais en expliquant ces processus hors de toute conspiration («ce ne sont pas les conspirations qui ravagent le monde, mais l’accumulation de mauvais choix, de politiques vaines et d’injustices petites et grandes »), elle dédouane un peu vite me semble t-il la responsabilité des idéologues véritables qui instrumentalisent les «intégristes du marché », accusés seulement ici de «ne pas avoir compris » les conditions nécessaires à la bonne vitalité des économies et des sociétés…

    En se contentant de refuser une vision manichéenne qui serait celle de la théorie du complot et en réaffirmant que l’état du monde résulterait de la simple insuffisance et de l’aveuglement des «intégristes du marché », déjà sévèrement dénoncés par Joseph Stiglitz ; on semble oublier que, en amont des choix économiques, des hommes «pensent » qui tolèrent, favorisent, encouragent, encadrent juridiquement, les pratiques de l’oppression capitaliste. Ceux-là qui défendent ce modèle jusque dans ses excès les plus mortifères le font autant pour l’accumulation des richesses dont ils espèrent bénéficier dans la situation de classe qui est la leur, que pour contrer un autre modèle possible dont «l’épouvantail » communiste et ses déclinaisons socialistes représentent l’archétype de l’inacceptable à leurs yeux, cette crainte étant parfois explicitement mise en avant pour leur auto-justification.

    Il existe donc bien un projet véritable derrière le capitalisme qui ne peut se résumer à un modèle économique et au règne du marché. Ce projet possède une dimension d’abord philosophique qui englobe la nécessité des inégalités, exploitations et injustices entretenues, comme condition même de la prédation et accumulation des richesses. C’est bien l’injustice «construite » par ce système qui impose un ordre sécuritaire pour brider les révoltes inévitables de ceux qui auraient des velléités d’émancipation…

    Nous savons depuis longtemps que l’économie n’est pas «neutre » et que l’instabilité mondiale qui en résulte n’est pas le fruit d’une «imperfection «du système (qui pourrait être amélioré comme le croient certains réformistes sociaux-démocrates) mais résulte au contraire d’un choix fondamental ayant renoncé à la promotion des idées égalitaires et solidaires portées depuis deux siècles par le courant progressiste. La convergence de ces logiques capitalistes, sécuritaires et anti-humanistes culmine dans le complexe militaro-industriel à la fois bénéficiaire et inspirateur de la politique impériale étasunienne. Il peut être utile de rappeler le très important discours du général Eisenhower lors de sa cessation de mandat de président des Etats Unis, après avoir été le commandant en chef des forces alliées en Europe, mettant en garde le peuple américain contre le danger que représentait l’importance prise au cours de la guerre par ce complexe parvenu dans le premier cercle du pouvoir et menaçant la démocratie elle-même en même temps que la paix du monde. Cela Naomi Klein semble l’avoir oublié, à l’heure justement ou d’autres voix nous alertent face aux dérives d’un président et de son vice-président préparant le prochain apocalypse au nom de la guerre préventive qu’ils prétendent justifier.

    Alors, dire que «ce ne sont pas les conspirations qui ravagent le monde… » peut sembler naïf et bien insuffisant, avec le risque d’apporter des arguments aux sociaux-démocrates et alternatifs divers qui pensent pouvoir «améliorer le système » sans avoir perçu sa nature profonde qui ne mérite pas d’être transformée mais remplacée par un autre projet humain. Souhaitons que ce livre ne contribue pas à l’aveuglement des «organisations non gouvernementales et des militants du monde entier qui tentent de changer les choses » comme semble interpeller en final l’auteur. La crainte serait que cette mobilisation se fasse avec l’entretien de l’illusion d’une simple imperfection de capitalisme, qui serait lui-même désireux de corriger ses défauts avec le bienveillant soutien des masses populaires mystifiées.
    Jacques Richaud

  2. 2 belluaire 28 novembre 2007 à 3:52

    Dans l’édition anglaise, Naomi Klein, évoque dés l’introduction la mise en garde d’Eisenhower.
    Belluaire

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