II. LES ETATS UNIS COMME TOUS LES EMPIRES, L’AMERIQUE LATINE

Introduction de Danielle Bleitrach

voici la traduction de la deuxième partie de l’article sur les Etats-Unis et leur politique de force. Cette partie est consacrée à l’Amérique latine et, vu que l’auteur Pável Alemán Benítez est Chercheur  du Centro de Estudios sobre América de La Habana (Cuba), elle n’est pas la moins documentée et la moins intéressante. A titre de simples notations, il y a des aspects que l’on aimerait bien voir développer comme l’idée que la stratégie d’hégémonie nord-américaine impliquerait aujourd’hui un renforcement de l’hégémonie brésilienne, même si le processus n’est pas dénué de contradictions. Autre aspect qui renvoit à ce qui a été montré dans la première partie sous le vocable de stratégie des quatre générations, le développement d’une riposte à la guerre assimétrique.

En le traduisant, je n’ai pu m’empêcher de penser aux guerres révolutionnaires françaises, puis napoléonniennes. Si on pense à Austerlitz, un modèle du genre en manière de guerre assimétrique,  le génie de l’Empereur  a été entre autres de tabler sur la mobilité et la combativité des soldats (toujours ceux de l’an II) face à une armée beaucoup plus nombreuse, mieux équipée, celles des rois européens mais mercenaire. Et d’envoyer dans un piège le gros de la troupe en empêchant une possible manoeuvre en retrait. Napoléon était peut-être un génie stratégique mais sa grande force était d’avoir une armée révolutionnaire capable d’accomplir des marches forcées et d’aller là où il le leur disait à cause de leur confiance en lui.  En France paradoxalement dès qu’il s’agit d’armée il y a une sorte de gauchisme certes humaniste qui repousse toute réflexion, pourtant la Révolution du XXI e siècle doit tout autant se poser la question d’une véritable démocratie participative que d’une armée révolutionnaire pensée sur de tout autres bases.  Notre passé historique devrait nous y aider et c’est pour cela que l’on nous en prive, la mémoire des peuples est un enjeu. On nous prive ce faisant de toute une dimension de la révolution (1), ce n’est pas le cas des Cubains par nécessité parce que eux ne peuvent pas oublier l’ennemi. Chavez non plus. Ce qui se passe en Amérique latine exige-t-il une armée bolivarienne ? Ce simple problème ouvre en fonction de l’article ci-dessous des perspectives… Il faut lire un texte du point de vue où il est écrit… Et parfois cela sert même à transformer la manière dont on se voit soi-même…

Voici enfin pour compléter la connaissance du continent Américain (l’Amérique n’est pas un pays c’est un continent), voici un article qui vient du Canada sur le récent sommet de Montebello entre Les dirigeants canadiens, étasuniens et mexicains, accompagnés de tout un panel de dirigeants de multinationales.

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=6553

(1) le passage à l’armée de métier, d’une conception défensive du nucléaire à une conception offensive, la fin du franc et du rôle dirigeant de la banque de France, l’attaque contre le service public, la remise en cause de la Révolution française (Furet), les privatisations massives, l’abandon de toute planification, ce sont des phénomènes qui sont contemporains et qui tous nous privent de notre citoyenneté dans le cadre d’une Union Européenne sur laquelle nous avons de moins en moins de pouvoir. C’est la fin de la République… La gueuse comme disait les réactionnaires… Avec comme but l’unité de fait de cette Union Européenne à l’hégémonie nord-américaine, le système qui garantit le maximum de profit aux mêmes et de désastre pour les autres.

 L’Amérique latine est-elle exemptée de l’agressivité nord-am éricaine ?

Lors de la présentation de la Stratégie de Sécurité Nationale dans sa version la plus récente du 16 mars 2006 (ESN-2006), George W.Bush a défini les deux filiers fondamentaux de la dite stratégie : promouvoir la liberté, la justice et la dignité humaine, en mettant fin aux tyrannies grâce à la promotion de démocraties de libre marché ; et prendre la tête de la communauté des nations « démocratiques » dans l’affrontement des problèmes globaux (pandémies, prolifération d’armes de destruction massive , terrorisme, trafic de personnes et désastres naturels). Le dit document définit sept aires d’instabilité qui réclament l’attention de la communauté internationale, dont trois sont enclavées dans notre région : Colombie, Venezuela et Cuba. Et ce sont d’elles qu’il est question quand il est dit « si les voisins les plus proches de l’Amérique (Etats-Unis) ne sont pas sûrs ni stables, alors les Américains (étasuniens) sont moins sécurisés »(23).

Il est dit explicitement que pour la dite stratégie « le développement renforce la diplomatie et la défense, réduit les menaces de longue durée sur notre sécurité nationale en aidant à construire des sociétés stables, prospères et pacifiques »(24) Pour y aboutir il est proposé quatre stratégie : soutenir la sécurité, fortifier les institutions démocratiques, promouvoir la prospérité, et investir dans les personnes. On pourrait en déduire qu’un accueil très favorable pourrait être réservé à certains gouvernements aux diverses nuances de reformisme, que l’on qualifie également de "populistes", Washington devrait être d’accord avec les politiques d’investissement social que ces gouvernements  préconisent, puisque elles sont la garantie  de la stabilité régionale. C’est sans compter le fait que les Etats-Unis ne font aucunes concessions sur ce qui peut léser leurs intérets commerciaux et financiers. Et si quelqu’un venait à l’oublier le libre commerce apparaît toujours accompagné de présence militaire.

Au milieu de son ordre du jour mondial, les Etats-Unis parraissent avoir oublié l’Amérique latine. Dans les cercles académiques prédomine l’idée que les latino-américains ne sont pas la priorité pour la politique extérieure de whashington et que cela a contribué à l’émergence de différents gouvernements d’une gauche hétérogène. Il se diffuse l’idée emphatique que si l’ordre du jour politiques de ces gouvernements est orienté vers la satisfaction de leurs besoins endogènes cela  n’entraînera en aucun cas de différents avec la diplomatie nordaméricaine.Néanmoins une analyse mesurée nous permet de voir que leur politique étrangère témoigne du fait que la région n’est pas abandonnée, mais qu’est multimensionnelle, flexible et non oublieuse du fait que  l’Amérique latine est la région clé pour établir leur hégémonie mondiale, étant entendu que cette hégémonie est « une construction sociale dans laquelle la visions des acteurs dominants se transforme en vision socialement acceptée  » (25) Cela sous entend  la recherche nordaméricaine d’appui à ses politiques dans l’hémisphère, et simultanément l’articulation de ses intérêts comme hégémonie mondiale, avec les intérêts de l’hégémonie régionale brésilienne, processus marqué par des contradictions.

Samuel Pinheiro Guimarães, , professeur détaché d’université et diplomate brésilien, a defini la stratégie politique et militaire étasunienne pour l’Amérique latine, il a signalé que celle-ci « cherche avec obstination  à aligner la politique extérieur des pays d’Amérique latine sur celle des Etats-Unis(…) à maintenir des régimes démocratiques ou non, qui garantissent la liberté d’action des intérêts nord-américains et maintenir les Amériques comme zone d’influence militaire exclusive… de garatie d’accès préférentiel américain aux matières première stratégiques de la région » (26) Les intérêts géostratégiques des Etats-Unis en Amérique latine, se combinent avec leur présence militaire à travers le contrôle de positions clés (27)  La présence d’installation de radar, Locations de Sécurité Coopératives et le contrôle des flux de franchissements illégaux de frontières ; l’assurance du trafic commercial ; l’accès aux ressources naturelles indispensables (hydrocarbures, eau, biodiversité) et le combat contre la révolte armée.(28) Ceci est lié à la réadéquation de sa stratégie commerciale à travers les traités de libre commerce (TLC) qui constitue une substitution fragmentée et partiale de la piteuse négociation de la Zone de Libre Echange des Amériques (ZLEA).

 Le déploiement progressif de personnel militaire nord-américain à Barahona (république Dominicaine), comme contingent de l’Opération Nouveaux Horizons et la manœuvre à grande échelle Fraternité avec Les Amériques, représente le « hard power » de la domination nord-américaine. Les dites manœuvres se sont déroulées jusqu’à la fin mai, avec la participation du dixième Groupe de Combat basé à Norfolk (Virginie). A cela il faut ajouter la présence d’une base militaire à Mariscal Estigarribia (Paraguay), proche de la frontière avec la Bolivie et l’augmentation de présence militaire en Colombie. Incluse la participation de pilotes des forces aériennes de Colombie, Equateur et Etats-Unis en opération de vigilance avec les avions Awacs installés sur la base aéronavale de Manta (Equateur). Installées en Colombie le principal théâtre des opérations dans la région, les forces armées  nord américaines ont augmenté de manière considérable leur présence chez leurs voisins d’Equateur et du Pérou. Ces derniers temps, plus de mille soldats seront basés jusqu’au milieu d’octobre de cette année pour réaliser des ouvrages d’infrastructure et apporter des services médicaux dans la région de Lambayeque (29) Ceci forme un cordon sanitaire que les Etats-Unis ont tendu autour de la Colombie, résussissant  « plus ou moins, que les pays voisins de la Colombie à la fois adoptent les moyens pour prévenir l’expansion du conflit, et reproduisent une logique fonctionnelle à leurs fins de sécurité » (30)

Un tel déploiement est-il fortuit ? la chercheuse mexicaine Ana Esther Ceceña, nous rappelle que beaucoup d’exercice belliqueux de la région (récents, en cours ou programmés pour un futur proche), sont des « simulacres de réculpération de puits pétroliers pris par les travailleurs, d’étouffement d’insurrections populaires, de contrôle de voies de communication, de contrôle de passage de frontière… C’est-à-dire une préparation à la guerre civile »(31)En d’autres mots : la manière de prévenir les conflits armés cohérente avec l’‘american way of life’ est la militarisation totale. L’enseignant- chercheurde l’Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM) Manuel Mora Aguilar emploie à ce propos une expression imagée « la globalization miliarisée » (32)

Il n’est pas fortuit que les autorités et les forces armées vénézuéliennes aient réagi avec inquiétude et en renforçant leurs capacités défensives. Il est logique de penser que les nord-américains s’occupent avec attention de répondre à l’interrogation  formulée par le Colonel Max G. Manwaring : « Comment répondre à un pays qui est  en train d’aider à la déstabilisation de ses voisins ? » (33) Il faut se rappeler que dans le ESN de 2006, il a été défini que les politiques sociales de Chavez sont en train de « miner la démocratie et chercher à destabiliser la région ». Le même Manwaring a défini le caractère réactionnaire et agressif de l’interprétation officielle nord-américaine sur les transformations de diverses natures qui s’opèrent en Amérique latine, en formulant  la question : "Comment répondrons-nous quand un pays appuie les partis ou mouvement politiques ou mouvements légaux – comme les sandinistes, populistes boliviens et équatoriens- qui agissent en démocratie ? Quelles sont les moyens les plus efficaces pour appuyer un pays qui est sous le regard du bolivarisme pour résister à cet appel à la révolution »(34)
 
Derrière les frictions entre la Hollande et le Venezuela pour les invraisemblables déclarations de Henk kamp, mInistre de la Défense des pays Bas, sur un intérêt supposé de Caracas dans Aruba, Bonaire et Curazao, se profilent les grandes manœuvres comme les Nouveaux Horizons, pour faire monter la tension régionale. Ces manœuvres devant les côtes vénézuéliennes furent perçues comme « faisant partie d’un montage d’action psychologique »(35) typique de la conception de la Guerre des Quatre générations, pour paralyserle Venezuela. Avant cette menace potentielle, Caracas poursuivait un processus de modernisation de ses capacités militaires. Mais dans le présupposé conflit avec un adversaire supérieur en ressources matérielles et technologiques, sa théorie militaire a incorporé la conception de « guerre assimétrique ». Ce qui implique rechercher à travers un conflit diffus la victoire stratégique, employer créativement ses ressources d’intelligence, d’assaut dans les zones les plus vulnérables de son adversaire, limitant les capacités de celui-ci pour employer les stratégies classiques et les méthodes conventionnelles, réduisant de cette manière l’effectif de l’adversaire dans l’emploi de son arsenal, avec l’objectif final d’atteindre sa volonté de continuer le conflit.(36)

Les élites nord-américaines parient aujourd’hui sur la violence pour imposer leur vision impériale. Plaise à dieu que les appréciations de paul kennedy sur le « surdimensionnement impérial » soient conformes à la situation actuelle et que les Etats-Unis se voient obligés de renoncer à une part de son pouvoir, devant l’impossibilité de défendre tous ses intérêts en même temps. Mais cette vision n’est pas conforme à la théorie des néocons. Pour eux l’idéal comme mission pour les FF.AA nord-américaines est de « combattre et triompher décisivement dans de multiples , simultanés principaux théâtres de guerre »(37) Il est nécessaire de connaître cette théorie qui se répand à travers un discours belliciste.

Notes II

[23]Présidence des Etats-Unis : La Estrategia de Seguridad Nacional de los Estados Unidos, 16 de marzo del 2006, p. 37.
[24] Idem, p. 33.
[25] Raúl Ornelas: ”América Latina: territorio de construcción de la hegemonía”, Revista Venezolana de Economía y Ciencias Sociales, Vol.9 No.2, Caracas, Mayo-Agosto de 2003, p. 118.
[26] Samuel Pinheiro Guimarães Neto: Quinhentos anos de periferia: uma contribuição ao estudo da politica internacional, Ed. Universidade/UFRGS/Contraponto, Porto Alegre/Rio de Janeiro, 2001, p. 100.
[27] Cette fonction de combianaison de conseil et d’assistance  militaire correspond à la dénomination « Milgroups » il inclut des programmes d’aide, la sélection d’étudiants pour recevoir des entrainements et cours militaires, vente d’armes et organisation de manœuvres. Les Milgroups s’enracinent dans les ambassades nord-américaines et également dans les bureaux des ministères de la Défense amphitrions.  Voir: Adam Isacson: “Las Fuerzas Armadas de Estados Unidos en la “guerra contra las drogas”, en: Youngers, Colleta A. y Eileen Rosin: Drogas y democracia en América Latina, Editorial Biblos, Buenos Aires, 2005, p. 29 a 84.
[28] Une carte interactive actualisée, contenant les dates  les plus récentes, la localisation et la quantification des bases, effectifs militaires nord-américains que l’on trouve en Amlérique latine peut être vue: http://www.radiobras.gov.br/especiais/euamerica/mapa.php
[29] Adriana Prieto: “Se Aprueba ingreso de Militares Yanquis”, Indymedia, 25 de junio del 2006, en: http://peru.indymedia.org/news/2006/06/29972.php. Ver también: Mil militares Estados Unidos entraran a Perú para "tareas humanitarias", en: http://www.derf.com.ar/despachos.asp?cod_des=87733&ID_Seccion=22.
[30] Pável Alemán Benítez: Influencia del conflicto colombiano en los países vecinos, La Habana, diciembre del 2005. Monografía elaborada para el Centro de Estudios de Información para la Defensa-CEID (Inédita).
[31] Ana Esther Ceceña y Carlos Ernesto Motto: Paraguay: eje de la dominación del Cono Sur, Observatorio Latinoamericano de Geopolítica, Buenos Aires, 2005, Pág.28.
[32] Manuel Aguilar Mora,: “La globalización militarizada”, en: Camilo Valqui Cachi (coordinador), Irak: causas e impactos de una guerra imperialista, Jorale Editores, México D.F., 2004, p. 134.
[33] Max G. Manwaring: Venezuela’s Hugo Chávez, bolivarian socialism, and asimetric warfare, Strategic Studies Institute, U.S. Army War College, Carlisle, October 2005, p. 15.
[34] Manwaring, Max G.: “El Nuevo Maestro del Ajedrez Mágico: El Verdadero Hugo Chávez y la Guerra Asimétrica”, Military Review, Strategic Studies Institute, U.S. Army War College, Carlisle, Enero-Febrero de 2006, p. 23.
[35] Ignacio J. Osacar: Ejercicios navales norteamericanos preocupan a Chávez, Nueva Mayoría, 2 de mayo de 2006, en: http://www.nuevamayoria.com/ES/INVESTIGACIONES/defensa/060502.html
[36] Luis Bonilla-Molina, y Haiman El Troudi: Inteligencia social y sala situacional, Comala, Caracas, 2004, p. 188-191.
[37] Thomas Donnelly,: Rebuilding America’s Defenses: Strategy, Forces and Resources for a New Century, Project for the New American Century, Washington, D.C., September 2000, p. iv.

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