Voici ce que m’écrit jacques Richaud en présentation de ce texte de Ben Saïd.
Chère Danielle, tu prépares la rencontre de Venissieux des communistes désireux d’enrayer la désespérance de leur parti et de ses alliés. Nous avons tous deux dans nos échanges sur ton blog évoqué la situation du mouvement altermondialiste, lui-même déchiré par des enjeux politiques rarement exposés au grand jour, mais camouflés derrière des débats décalés autour de la “politique autrement” , avec des argumentaires souvent lamentables et proches du degré zéro de la pensée politique….Ce n’est pas le PCF qui est menacé de devenir le canada-dry du PS, mais bien une partie active de ce mouvement alter…
J’ignore si tu as eu l’occasion de lire la contribution sérieuse du président actuel d’ATTAC, JM Harribey en analyse de la situation présente. Plus interessante encore car reposant sur une analyse marxiste à mes yeux assez limpide est la réponse de Daniel Ben Saïd, faite en juin à cette contribution. Je crois que ce découpage en dix sept points des positions du mouvement altermondialiste décrypte bien l’ensemble des problèmes qui nourissent aussi tes (et mes) réflexions. Je crois que ce texte peut contribuer aux bases des débats qui seront les votres, (sous condition au moins que son origine ne le fasse pas qualifier d’iconoclaste !) Je rève d’une mise en commun des intelligences disponibles qui permettrait sans doute de lumineuses synthèses et une élaboration commune levant toutes les ambiguités du passé et des incompréhensions plus récentes.
Je suis un ex admirateur de Lucien Sève qui dans ma période lycéenne et étudiante marseillaise m’avait subjugué par son intelligence au cours de soirées mémorables dans les locaux de la Marseillaise, du lycée Thiers ou ailleurs. Depuis ce temps je suis resté dans le camp “déraisonnable”. Mon camarade Daniel est de ceux qui se battent (avec difficulté) pour revaloriser la réflexion philosophique et théorique dans sa propre organisation, comme tu le fais dans la tienne…Moi , entre les deux, je ne vois que des convergences possibles et aucun obstacle insurmontable pour un jour saluer ensemble le lever du même soleil, reflèté dans les yeux des mêmes enfants, sur la même terre de misère. Que penses-tu de ses réflexions, qui me semblent poser clairement les questions de fond relatives au mouvement “alter” ?
Amicalement, Jacques
Une crise stratégique (à propos d’un texte de Jean-Marie Harribey, coprésident d’Attac)
BENSAÏD Daniel
28 juin 2007
Ce texte adressé à Jean-Marie Harribey répond ou commente la contribution de ce dernier, que nous avons publié sur le site d’ESSF. Voir : Ebauche de contribution au débat [dans Attac France] sur la stratégie.
Cher Jean-Marie
S’il confirme en partie les désaccords que nous avons pu avoir au cours de la dernière année, ton texte pour une stratégie d’Attac a le mérite d’initier une réflexion prospective au lieu de s’enfermer dans la rumination des occasions perdues. Il traite en effet d’un tournant politique (dont nous ressentions les symptômes bien avant les élections présidentielles et législatives) qui appelle de nous tous des redéfinitions d’orientation. A titre de contribution au débat, voici quelques réflexions inspirées par ton texte, au risque peut-être de le mal interpréter parfois. Mais nous comprenons fort bien qu’il engage à une discussion dont la suite permettra de départager réels désaccords et simple malentendus.
Faillite générale ?
1. Tu pars d’un constat de faillite générale : « toutes les stratégies de gauche sont défaites ». Et d’en dresser l’inventaire : la stratégie social-démocrate, la stratégie social-libérale, la stratégie anti-libérale, la stratégie « communiste et d’extrême-gauche ».
La discussion gagnerait peut-être en clarté à éviter l’attribution généreuse d’une noblesse stratégique à des politiques qui ne sont précisément, pour certaines d’entre-elles que de la navigation à vue et un enchaînement de coups électoraux sans visée stratégique. Mais surtout, ton énumération regroupe sous la catégorie de « modèles » des phénomènes sociaux, politiques, historiques ; fort hétérogènes.
Les « anciens modèles » (social démocrate et communiste et d’extrême-gauche) se seraient « désagrégés » avec l’émergence du « capitalisme néolibéral » et « l’extinction du socialisme stalinien ». C’est accorder à l’idéologie plus qu’elle ne mérite. L’événement de portée historique, c’est en effet que l’offensive libérale et la mondialisation marchande se sont soldées par l’implosion de l’Union soviétique (minée de l’intérieur par les contradictions propres à un régime d’accumulation bureaucratique) et par la démolition méthodique de l’Etat social et des instruments des politiques keynésiennes. Les Partis communistes ont ainsi perdu leur référent matériel et la source de leur légitimité. Les partis sociaux démocrates, en contribuant activement au démantèlement des services publics et de la privatisation du monde, ont scié la branche sur laquelle reposait leur réformisme gestionnaire.
Leurs crises respectives se nourrissent d’une érosion différentes de leurs bases sociales. Le parti communiste a vu disparaître ou s’affaiblir les bastions industriels sur lesquels reposait sa représentativité sociale depuis le front populaire et la libération, sans parvenir à renouveler significativement cette base en 1968 et depuis dans les nouveaux secteurs du salariat. Le parti socialiste, bien que prétendant lors de la campagne Jospin représenter les classes moyennes (au point d’oublier de parler des travailleurs), a sapé par les privatisations son assise dans les secteurs traditionnels de la fonction publique, pendant que ses propres élites dirigeantes (traditionnellement issues de la haute fonction d’Etat), nouaient des alliances et des rapports de plus en plus organiques avec les états-majors industriels et bancaires du patronat.
Il suffit de rappeler à grand traits ces caractéristiques sociales et historiques générales des « anciens modèles » social-démocrate et stalinien, pour constater à quel point l’amalgame subreptice, au sein du quatrième modèle, du communisme (en clair du Parti communiste) et de l’extrême-gauche est désinvolte. Ils ne partagent ni la même base sociale, ni la même histoire. Ils se sont au contraire combattus avec acharnement dès la naissance des oppositions au stalinisme. Et ce combat ne fut pas que, ni principalement, idéologique. Il est semé de cadavres. Le seul point commun serait la revendication d’un même héritage théorique et stratégique, mais il a fait l’objet de tant d’interprétations (et d’applications) contraires, qu’on ne saurait l’invoquer sans plus ample et plus rigoureux examen.
Le mouvement alter à un tournant
2. « Les nouveaux modèles », social-libéral et anti-libéral, se présentent, écris-tu comme « des modèles sans stratégie véritable ». Nous partageons largement ce constat :
« Le modèle social-libéral n’arrive pas à trouver une base sociale alternative à celle sur laquelle surfe le néolibéralisme car leur base est potentiellement la même : petite-bourgeoisie ou classes moyennes supérieures, auxquelles la bourgeoisie financière fait miroiter l’enrichissement sans fin grâce aux marchés financiers, via placements et fonds de pension. » En effet. Le social-libéralisme de centre gauche, qu’il s’agisse de la troisième voie de Tony Blair, du nouveau centre et de l’Agenda 2010 de Schröder, du Parti démocrate italien, ou de la rénovation annoncée du Parti socialiste français en concurrence avec le Modem, ce sont des variantes, au mieux tempérées, des orientations libérales. Le Oui au traité constitutionnel européen, l’acceptation des critères de convergence et du pacte de stabilité en sont l’illustration éclatante. De sorte que l’indignation tartuffière contre la trahison, ou le débauchage, de Kouchner, Jouyet, Bockel, Fadela Amara (et d’autres à suivre) est dérisoire. Quand il ne reste plus grand chose à quoi rester fidèle, parler de trahison n’a plus guère de sens. Et tous ces transfuges ont sans nul doute le sentiment de rester fidèles à eux-mêmes et de pouvoir faire au service de Sarkozy ce qu’ils auraient fait au service de Strauss-Kahn ou de la dame blanche.
Ce qui nous concerne plus directement, c’est ton diagnostic concernant le silence stratégique du mouvement anti-libéral ou altermondialiste. Il possède, dis-tu, « une base disparate et sans lien sociologique : couches condamnées à la disparition ou à la paupérisation, ou bien couches dont la conscience est focalisée soit sur la consommation (coupée des rapports de production), soit sur l’écologie (souvent coupée du social) ; cependant, il y a un élément fédérateur positif : celui de la citoyenneté et de l’exigence démocratique, mais suffit-il pour dépasser les difficultés, voire les apories, de l’antilibéralisme et/ou de l’altermondialisme » ? La base disparate ne serait pas un problème, et pourrait même être un atout, si cette diversité de résistances aux effets de la mondialisation marchande pouvait s’inscrire dans un nouveau bloc historique et dans une construction hégémonique alternative à la domination systémique du capital. Mais une stratégie hégémonique ne peut se réduire à une addition sans synthèse de mouvements (à une mosaïque) sans référence de classe et sans projet politique répondant à une crise d’ensemble de la société.
A défaut de s’attaquer à ces problèmes, le mouvement alter tourne en rond et se repaît d’une rhétorique post-moderne sur les réseaux et le contre-pouvoir qui sert au mieux de cache-misère. Et comme la politique a horreur du vide, les mêmes qui sont capables d’impulser des mobilisations sociales radicales ou d’importantes manifestations anti-guerre, finissent par se rabattre sur des solutions électorales de moindre mal (« Tout sauf Berlusconi », … ou Sarkozy !) qui préparent les défaites et les désillusions de demain. Il est significatif que deux des piliers, en Amérique latine et en Europe, du mouvement alter depuis les premiers forums sociaux – à savoir le Parti des Travailleurs au Brésil et Rifondazione en Italie – soient actuellement au gouvernement pour y mener des politiques incontestablement « social-libérales » (dans le meilleur des cas).
Autrement dit, il semble que ce mouvement alter soit arrivé à l’épuisement de sa séquence initiale, que je qualifie de « moment utopique » ou « d’illusion sociale », une séquence de remobilisation après les lourdes défaites des années 80/90 et de déligitimation des politiques libérales, traduites par le grand refus : « Le monde n’est pas à vendre, le monde n’est pas une marchandise ! ». Mais que devrait-il être, ce monde, et surtout comment y parvenir ? C’est ici que l’anti-libéralisme minimal, qui se satisferait de politiques prétendant tempérer les excès de la dérégulation marchande, corriger les inégalités et la pauvreté par le micro-crédit, ou encore sauver la planète par les éco-taxes, trouve sa limite.
Victoire défensive et dynamique offensive
3. Tu fais ici une incursion dans le bilan de l’échec des candidatures unitaires dans les récentes campagnes électorales. Tu sembles imputer aux confusions de l’anti-libéralisme l’incapacité de la « gauche radicale française » de « transformer la victoire défensive contre le Traité constitutionnel (TCE) en dynamique unitaire offensive ». Encore faudrait-il évaluer plus précisément la nature et la portée de cette « victoire défensive » (formule assez heureuse, au demeurant).
Tu soulignes toi-même la double hétérogénéité de ce non : entre un non de gauche et un non de droite, d’une part ; et au sein du non de gauche lui-même. Mais c’est pourtant cette hétérogénéité qui a permis au Non d’être « défensivement » majoritaire le temps d’un référendum. D’où la difficulté évidente à le transformer « en dynamique offensive » sur un projet de gouvernement pour le pays (et les illusions répandues dans la gauche antilibérale sur « la gagne possible » ou le « score à deux chiffres »). Difficulté d’autant plus grande que cette victoire défensive aux allures de revanche (contre le tour de bonneteau de 2002 et contre l’échec des grèves de 2003) ne compense pas les défaites sociales accumulées depuis vingt ans (sur les retraites, la protection sociale, l’emploi, les services publics), l’affaiblissement des syndicats, la maigreur militante de partis.
Invoquer dans ces conditions, sans autres précisions, « l’incapacité » de la gauche radicale moralise et dépolitise le problème, comme si l’unité avait échoué par mauvaise volonté, infantilisme, intérêts de boutiques et de chapelle, et non en raison de désaccords politiques réels, renvoyant comme tu le dis par ailleurs aux inconsistances de l’anti-libéralisme et à la confusion entre capitalisme et libéralisme. Il ne s’agit pas là d’une question de mots et d’étiquettes, ni de surenchère opposant l’anticapitalisme à l’anti-libéralisme. Il n’y a évidemment pas de muraille de Chine entre les deux. De même qu’un démocrate conséquent, en 1848 ou 1871, devait se métamorphoser en socialiste, de même des résistances conséquentes aux dégâts du libéralisme devraient conduire à remettre en cause l’exploitation et la privatisation du monde. Mais ces différences de perspectives se traduisent dans la gauche anti- libérale par des orientations différentes ou divergentes qui permettent de mener bien des luttes et de faire pas mal de chemin ensemble, mais qui ne vont pas toujours dans la même direction.
Si la question du rapport avec le Parti socialiste, et d’une éventuelle participation à une majorité sous son hégémonie, était pour nous discriminante, c’est qu’elle cristallisait (et cristallisera) une politique. S’agit-il simplement d’accompagner (comme l’ont fait les Verts et le PC sous Jospin) une politique social-libérale en l’infléchissant à l’occasion un peu à gauche, ou de reconstruire des rapports de force sociaux très détériorés et de construire dans la durée une alternative véritable, programmatique et organisationnelle, à la gauche du centre décolorée qui devient la norme en Europe ?
Quelle base sociale ?
4. Tu renvoies l’impuissance des démarches social-libérale et anti-libérale à un « même manque de bases sociales ». C’est évidemment une question cruciale. Pour un parti de gouvernement, le Parti socialiste reste rachitique par rapport à ses homologues – même affaiblis – d’Europe du Nord, et ses liens avec les mouvements syndicaux sont des plus distendus. Le Parti communiste a vu fondre ses effectifs et son électorat, et ses liens pervers avec le mouvement syndical se distendre également. Ce manque de bases sociales renvoie à des métamorphoses sociologiques : recul significatif (mais pas disparition, loin s’en faut) du prolétariat industriel, déconcentration des site de production, individualisation des salaires et des horaires, flexibilité, destruction des solidarité, effets du chômage et de la précarité, etc. Mais il a aussi des raisons politiques : comment reconquérir les positions perdues et en conquérir de nouvelles, quand on démantèle les services publics, quand les 35 heures Aubry se traduisent pour certains par des pertes de pouvoir d’achat, quand l’ascenseur social est au point mort, quand on mise sur la concurrence entre français et immigrés au lieu de forger les solidarités, etc ?
Effectivement, il y a un lien étroit entre un projet politique et un choix de priorités d’intervention pour reconstituer des forces et des solidarités, dans les entreprises et dans les quartiers, entre populations de différentes origines, ce qui doit aussi se traduire (au quotidien comme dans les campagnes électorales) par une priorité absolue à l’urgence sociale (contre les diversions sécuritaires ou tricolores).Néolibéralisme et altermondialisme
5. A partir du diagnostic de faillite des quatre stratégies inventoriées, tu proposes pour Attac (et plus largement, j’imagine, pour la gauche radicale), trois thèmes de réflexion prioritaires.
Le premier serait « l’analyse des rapports de forces entre le néolibéralisme en tant que courant idéologique et politique incarnant les intérêts et le projet du capital globalisé, et l’altermondialisme en tant que projet(s) alternatif(s) en panne de stratégie. » Tu pars sur ce point de la difficulté qu’éprouve le capitalisme néo-libéral « à légitimer la généralisation de la marchandise », sans que les victoires arrachées par les résistances défensives ne parviennent pour autant à se muer en « stratégies de reconquête ». Non seulement tu nuances ainsi lucidement la portée du Non au Traité constitutionnel – « les rapports de force ne sont pas aussi favorables en France qu’on a voulu le croire au lendemain de la victoire » - mais tu tempères aussi les enthousiasmes suscités par la victoire des mobilisations contre le CPE : « Ce que refusaient les jeunes, c’était moins un modèle néo-libéral dans son ensemble que leur propre déclassement en perspective ». Je me méfie pour ma part de ces interprétations globalisantes d’un mouvement qui agrège des motivations et des niveaux de consciences fort disparates. Le refus du déclassement a sans doute été le ressort initial du mouvement et de sa massification. Mais la conscience vient en luttant. Et on a vu dans une partie au moins du mouvement monter une critique plus radicale, non seulement des politiques libérales, mais de la logique capitaliste.
Tu as certainement raison de porter sur ce mouvement une appréciation plus sobre, apte à corriger les illusions lyriques (compréhensibles dans la mesure où il s’agissait d’une victoire exceptionnelle dans une longue chaîne de défaites), mais il serait aussi exagéré de le ramener à un mouvement estudiantin corporatif. A moins de ramener aussi le mouvement des cheminots de 95 à un mouvement corporatif sur les régimes spéciaux de retraite (qui ont bel et bien été un important levier de mobilisation).Défi européen
6. La difficulté – l’incapacité si tu veux – à donner une suite offensive au Non de gauche serait due, selon toi, pour large part, à une question d’orientation non tranchée sur l’Europe que nous voulons. Bien que tu rappelles à juste titre que le « Oui » s’est finalement révélé bien plus homogène que le Non, tu accordes une importance déterminante au fait que « le choix entre la souveraineté des Etats- Nations et une Europe politique n’avait pu être approfondi ». En termes très généraux pourtant, la dominante de Non de gauche n’était pas le repli nationaliste sur une souveraineté crispée. A la différence de la tonalité dominante dans la gauche radicale britannique ou danoise par exemple, il fut assez clair qu’il s’agissait d’un non à l’Europe libérale du Traité, pas d’un Non à l’Europe.
Ceci dit, je crains que l’alternative entre la souveraineté des Etats-nations et une Europe politique ne soit très simplificatrice. Il me semble que la question principale n’est pas là. Et il serait important de la clarifier en effet en vue des débats et campagnes que ne manquera pas de susciter le traité simplifié. L’essentiel, c’est que l’Europe politique pour laquelle nous serions est indissociable de l’Europe sociale, que la question démocratique est indissociable de la question sociale. Et qu’il ne saurait par conséquent y avoir de compromis sur les petits pas, les avancées partielles, l’engrenage vertueux, selon lequel le déblocage institutionnel ouvrirait la voie à l’harmonisation sociale et fiscale. Ce sera à n’en point douter – et c’est déjà – le prétexte invoqué par Mme Royal ou M. Strauss-Kahn pour estimer que le traité simplifié est un pas en avant qui tire l’Union européenne de l’ornière.
Quant au rapport entre souverainetés nationales et Europe politique, il ne s’agit pas d’une antinomie aussi peu dialectique que tu la présentes. Oui à une Europe politique et sociale. Mais les souverainetés anciennes ne seront pas immédiatement solubles pour autant dans un peuple européen pour l’heure hypothétique, qui ne pourrait être qu’une construction historique (et non pas administrative) cristallisée par des événements et des expériences partagés. En attendant, il faudra bien combiner institutionnellement une représentation européenne et une représentation des peuples et des nations, définir leurs rapports et leurs droits réciproques, décliner les possibilités d’une subsidiarité ascendante. Toutes choses qui ne se règlent pas par une alternative, elle aussi simplifiée, entre souveraineté et Europe politique. De sorte que « prendre le risque d’indiquer clairement le choix en faveur de la construction d’une Europe politique », ne suffirait probablement pas à « dépasser l’hétérogénéité du Non de gauche », et risquerait même sous une forme aussi lapidaire, d’ajouter à la confusion.Le Sud et le Nord
7. Tu contestes, à juste titre, la thèse selon laquelle les élections récentes signifieraient une normalisation de la singularité (plutôt que de l’exception) française, laissant face à face « une social-démocratie consensuelle et un libéralisme bon enfant ». Le libéralisme de Sarkozy, si bonapartiste soit-il, n’a en effet rien de bon enfant. Et tu as parfaitement raison de rappeler que la social-démocratie historique prétendait au dépassement du capitalisme par la réforme, alors que le social-libéralisme contemporain est résigné, au prix d’une confusion entre marché et capitalisme, à ce que le capitalisme soit devenu l’horizon indépassable de tous les temps. Tu sembles cependant trouver un fondement à ce « recentrage autour d’un modèle consensuel » dans le fait que « le centre de gravité de la bataille n’est peut-être plus au Nord de la planète ». Etrange formule. Car, en un sens, il y a longtemps qu’il n’y est plus. Toute la période des trente glorieuses a été marquée par la place centrale des luttes de libération nationale, dont la révolution chinoise. Je crois surtout que cette notion de centre de gravité de la bataille (laquelle ? la bataille planétaire entre capital et travail ?) est fort discutable. Y-a-t-il un seul centre de gravité ? Si tel était le cas, ne serait-il pas mobile – il est passé par ici, il repassera par là - au point de devenir insaisissable ?
Les interdépendances renforcées par la globalisation permettent-elles de localiser un tel centre, ou bien le monde dont la circonférence est partout et le centre nulle part, n’est-il pas plus pascalien que jamais ? Bref, je crois que ta formule est plus lourde de confusions que de clarifications. Surtout si elle suggérait que le modèle consensuel entre libéralisme bon enfant et social-libéralisme repose sur une dilution tendancielle des antagonismes de classes dans le trou noir d’une classe moyenne ou sur les privilèges matériels d’une nouvelle « aristocratie ouvrière », alors au contraire que le « Sud » pénètre de plus en plus dans le Nord (précarité, bidonvilles, exclusions).
Peut-être suis-je trop méfiant envers ces formules. C’est sans doute que je n’ai pas oublié comment, après le premier choc pétrolier, Enrico Berlinguer a utilisé la misère du Sud pour culpabiliser les travailleurs « privilégiés » du Nord et leur faire avaler au nom de l’équité les cures d’austérité et les couleuvres du compromis historique. Comme tu le soulignes d’ailleurs, c’est plutôt sur la logique socialement polarisante du capitalisme globalisé, avec un appauvrissement des couches les plus démunies du salariat d’un côté et l’intégration méritocratique de ses fractions les plus hautes, qu’il faut insister. Il en résulte, comme tu le signales aussi, que la priorité est à la reconstruction des solidarités de classe opposables à la mythologie des alliances interclassistes bâties sur la peur et sur l’agitation sécuritaire. Il en résulte aussi, et sur cela nous sommes bien d’accord, que la « construction de solidarités internationales » constitue « un axe stratégique fondamental », qu’il s’agisse du mouvement anti-guerre, des mobilisations sur la dette, du co-développement, ou des mobilisations contre les directives de type Bolkestein.Mouvements sociaux et politique
8. Le deuxième grand thème que tu soumets à réflexion est celui du « rapport au politique », en particulier de « l’articulation entre le pouvoir et les contre-pouvoirs » ou encore « de la prise et de l’exercice du pouvoir », qui, dis-tu, « taraude Attac depuis le début » au risque même de le « fracasser ». Je ne suis pas assez familier des débats internes à Attac pour savoir si ces questions la hantent vraiment depuis le début de son existence. En revanche, je suis convaincu qu’elles sont devenues de plus en plus pressantes au fil du temps : avec l’impact en Amérique latine des processus vénézuelien ou bolivien, avec l’expérience gouvernementale du PT au Brésil ou de Rifundazione en Italie, avec la routinisation des forums sociaux.
Toutes ces épreuves marquent l’épuisement de « l’illusion sociale » et invitent à dépasser « le moment utopique ». Il est symptomatique qu’au lieu d’être portée vers de nouveaux développements par la victoire du Non au référendum, Attac ait traversé une de ses pires crises, certes pour des motifs organisationnels et démocratiques, mais on imagine mal qu’elle ait pu prendre de telles proportions si ces tensions étaient sans rapport avec des questions d’orientation plus substantielle.
Pour illustrer l’urgence d’un débat stratégique, tu t’interroges sur ce qui nous aurait manqué en 2003 pour gagner sur les retraites. Certainement pas de propositions crédibles. Attac, Copernic, les syndicats, en ont fait de nombreuses et de pertinentes. Nous aurions donc perdu « sur la stratégie, tant syndicale (incapacité à appeler à la grève générale à quelque moment que ce soit) que politique (atermoiements et pas de deux des partis de gauche bien gênés avec la question des retraites) ». En effet. Mais le refus d’appeler à la grève générale et les atermoiements ne sont pas dus au seul manque de détermination des directions syndicales et politiques en question, mais bien à leur orientation dans la continuité de ce que fut la gauche plurielle de gouvernement.
La question posée est donc bien celle d’une alternative stratégique. En précisant toutefois qu’une stratégie politique n’est pas une construction logique dissociable des formes organisées capables de la porter, de la faire vivre, de la traduire en action pour changer les rapports de forces. Autrement dit, la question stratégique est, indissociablement une question organisationnelle.Pouvoir et pouvoirs
9. Ton texte va à l’essentiel : sur quelles bases sociales fonder un projet et comment penser le pouvoir ? Attac est l’un des piliers originels du FSM (avec la CUT, Via campesina, Focus on the Global South animée par Walden Bello, etc). La formule même des « forums sociaux » a ses mérites et son efficacité. Dix ans après la chute du Mur, il s’est agi de donner une réplique à la mondialisation capitaliste symbolisée par Davos, en faisant converger les résistances sociales renaissantes vers la fin des années 90. Pour donner à ce mouvement une assise large, il était parfaitement raisonnable de le circonscrire aux « mouvements sociaux » (anciens ou nouveaux), au prix de petites entorses ou accommodements, comme la tenue parallèle de réunions d’élus municipaux ou de parlementaires, ou encore la présence vedette de Lula, candidat présidentiel, ou de Chavez, aux forums de Porto Alegre ou de Caracas.
Il n’empêche que la dynamique de Forums sociaux s’est accompagnée d’une théorisation idéologique (alimentée entre autres par les textes de Negri ou de Holloway, ou encore par un deleuzisme et un foucaldisme vulgaires) sur la perspective de « changer le monde sans prendre le pouvoir », sur l’opposition des contre-pouvoirs au pouvoir, sur l’autosuffisance du social, sur le rejet des partis, ou encore sur une rigoureuse division du travail entre partis et mouvements sociaux, lutte politique et lutte sociale. Ce que tu résumes pas le constat que « l’altermondialisme, et particulièrement Attac France, justifient leur refus d’intervenir dans la compétition politique parce qu’ils entendent être des contre-pouvoirs ».
Comme tu l’écris, cette division fonctionnelle du travail revient en pratique à laisser la responsabilité du pouvoir (en particulier du pouvoir d’Etat qui n’est pas soluble dans le réseau des pouvoirs) aux mains des organisations politiques et des politiciens de profession, en confinant les mouvements sociaux dans un rôle de lobbying sur les institutions internationales ou sur les gouvernements nationaux « de gauche ». Cette dichotomie et cette discontinuité entre lutte sociale et représentation politique, entre Etat et société civile, permet de combiner la radicalité verbale dans le mouvement social et un opportunisme électoral et parlementaire sans rivages, comme l’illustre l’évolution de Rifundazione en Italie.Autonomie des mouvements sociaux
10. « Cette dichotomie est-elle tenable et ne condamne-t-elle pas à une répétition des échecs passés », demandes-tu ? C’est la bonne question. Et la seconde question qui s’ensuit est meilleure encore : « N’est-elle pas contradictoire avec la démocratie ? » Cette – ces – question(s) serai(en)t donc à rouvrir aujourd’hui. Oui, mais comment. La longue tradition que répartition des rôles que tu invoques, en te référant à la Charte d’Amiens, est loin sur ce point des rapports entre partis et syndicats (ou mouvements sociaux) loin d’être homogène. La France, en la matière est plus une exception qu’une accentuation particulière d’un rapport général entre partis et syndicats. Est-il besoin de rappeler l’affiliation des syndicats au Labour britannique, et plus généralement les rapports étroits ou organiques entre mouvements syndicaux et partis politiques en Europe du Nord. La Charte d’Amiens est plutôt le produit d’une profonde méfiance du mouvement ouvrier français envers le parlementarisme, issue des expériences traumatiques de 1848 et 1871, et de la culture syndicaliste révolutionnaire qui en est résultée.
Ceci dit, au vu des expériences inverses, tout au long du 20è siècle, d’instrumentalisation des syndicats comme « courroies de transmission », le principe de leur indépendance doit plutôt être considéré comme un acquis précieux, n’en déplaise au spectre de Trotski (cf. son texte sur « les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste »). En tout cas, il n’est sans doute pas inutile de le préciser, nous n’avons pas, en ce qui nous concerne, une conception « hiérarchique » des rapports entre partis et mouvements sociaux. Ce qui implique le respect scrupuleux de leur autonomie et des mandats qui y sont confiés.« Débouché politique » et dangers professionnels du pouvoir
11. Tu sembles considérer cette autonomie théorisée du mouvement social, comme un refus de la politique et comme l’envers (ou le revers) d’un « modèle léniniste » (largement imaginaire, j’y reviendrai) réservant au parti d’avant-garde le monopole de la politique : « Le mouvement communiste du 20e siècle s’est fracassé pour avoir cru résoudre la question politique à une avant-garde ». Il s’est fracassé pour bien d’autres raisons, et notamment pour les effets initialement sous-estimés des tendances bureaucratiques dans les sociétés contemporaines. De plus, l’idée des rapports entre « masses » et « avant-garde », ou entre « spontanéité » et « organisation » est, chez Lénine notamment, bien plus complexe qu’on ne l’imagine. (Je te renvoie sur ce point au travail monumental récent de Lars Lih, au bouquin collectif sur Lénine paru récemment à Duke University, ou encore à la réponse de Lukacs aux détracteurs d’Histoire et conscience de classe). Mais c’est là une histoire d’une toute autre ampleur qu’il faudra bien discuter sérieusement un jour sans recourir aux caricatures, aux ouï-dire, ou aux idées reçues.
Pour l’immédiat, tu insistes sur l’urgence qu’il y a à « réinventer une articulation », entre divers mouvements sociaux (syndicaux et associatifs) d’une part, entre « mobilisations sociales et réponses politiques » d’autre part. Et tu ajoutes que « la discussion recoupe bien sûr celle des rapports entre la démocratie représentative et la démocratie participative ». Ce « bien sûr » n’a pourtant rien d’évident. Les deux questions peuvent avoir des interférences, mais il est surtout important de commencer par les distinguer.
Tu critiques une conception du rapport entre social et politique, impliquée par « la formule ambiguë du débouché politique des luttes sociales », qui réduirait la politique à une « prise de relais » ou un simple prolongement, de la lutte sociale, ou entre contre-prouvoir et pouvoir. Ici, je te soupçonne d’être plus « léniniste » que tu ne l’imagines. S’il y a quelqu’un pour qui la politique a son champ et son langage propre, irréductibles à un simple reflet du social, c’est bien Lénine. Et c’est en quoi il est, plus que Marx, l’auteur d’une révolution dans la révolution, celui qui pense réellement la politique comme stratégie. Tu dis toi-même que la politique ne devrait pas être le relais, mais « la traduction » des luttes dans un langage qui lui est propre, pas le « débouché » mais la résolution à une autre niveau des antagonismes sociaux. Ce que tu reproches à la formule du « débouché », c’est qu’elle « sous-entend que l’action sociale devrait s’effacer quand commence l’action politique ».
Changeons le vocabulaire s’il prête à confusion ou s’il est révélateur d’un inconscient pervers, et disons clairement ce que nous pensons. Non seulement la lutte sociale ne doit pas s’effacer devant le pouvoir politique conquis, mais elle doit s’affirmer, se renforcer, en toute indépendance par rapport aux institutions étatiques et aux partis. C’est l’antidote nécessaire aux « dangers professionnels du pouvoir », et la leçon principielle à tirer du siècle écoulé. Elle vaut pour les syndicats comme pour le mouvement autonome des femmes, les mouvements écologistes, les mouvements de reconnaissance culturelle, etc.
« En revanche, dis-tu, il est nécessaire d’apporter des réponses politiques à des questions politiques posées par le mouvement social ». D’accord, bien que ta formulation soit aussi ambiguë que celle du « débouché » : on pourrait y voir l’idée que le mouvement social pose des questions, et que les organisations politiques donnent les réponses. A moins que le mouvement social réponde à ses propres questions. Il le fait d’ailleurs. Chacun à sa manière, le mouvement des sans-papiers en redéfinissant la citoyenneté, le mouvement des femmes en redéfinissant l’égalité, le mouvement des chômeurs en obligeant à repenser le travail, le mouvement écologiste en politisant la nature, inventent de la politique. Cela ne veut pas dire que la politique soit immédiatement soluble dans le social. L’illusion d’un dépérissement rapide de l’Etat (et du droit) par socialisation rapide de ses fonctions s’est retournée en étatisation de la société avec la contre-révolution bureaucratique en URSS. Il y a donc différents registres de réponses politiques et de représentation à ne pas confondre.
Démocratie directe et représentative
12. C’est ici que le télescopage que tu opères entre la question des rapports entre mouvements sociaux et représentation politique d’une part, et celle des rapports entre démocratie directe (ou participative) et représentative d’autre part, peut semer la confusion, d’autant plus que les mots eux-mêmes ne sont pas aussi clairs qu’ils le prétendent. On a pu le vérifier avec les interprétations diverses, voire contradictoires, données de la « démocratie participative ». La version Ségolène Royal (compatible avec le présidentialisme renforcé de la Vè République) n’a plus grand chose à voir avec l’expérience initiale de Porto Alegre qui relevait de la double légitimité, pour ne pas dire du double pouvoir, municipale. De même la démocratie « directe » ne clarifie et ne résout rien, surtout si l’on y voit la suppression de toute médiation représentative.
Lénine lui-même, dans son texte le plus libertaire (L’Etat et la révolution), rappelle que dans l’expérience de la Commune, « forme enfin trouvée de la dictature du prolétariat » selon la formule consacrée, « les organismes représentatifs demeurent, mais le parlementarisme comme division du travail législatif et exécutif, comme situation privilégiée pour les députés n’est plus ; nous ne pouvons concevoir une démocratie, même une démocratie prolétarienne sans organes représentatifs, mais nous pouvons et devons la concevoir sans parlementarisme ». Il y a à cela une raison de fond. C’est qu’une démocratie directe au sens strict, sans délégation ni représentation, serait une démocratie corporative, une addition sans synthèse d’intérêts particuliers. Et c’est un des enjeux du débat de 1921 avec l’Opposition ouvrière. C’est aussi pourquoi l’abolition des privilèges et d’un parlementarisme qui n’est pas un pouvoir un réel, ou encore la révocabilité des élus ne signifie pas le mandat impératif.
Une chose donc est d’encourager et de développer au maximum toutes les formes d’auto-organisation, de contrôle, d’autogestion, de démocratie communale, autre chose de concevoir comme antinomiques démocratie directe et démocratie représentative. En revanche, il serait intéressant d’explorer les formules de double représentation – politique, reposant sur le suffrage universel, et sociale, émanant des mouvements sociaux en tant que tels – qui pourraient remplacer le bicaméralisme actuel.Transversalité sans parti
13. « Qu’est-ce en définitive la relation au politique ? », demandes-tu. Vaste question et vaste éventail de réponses, de Schmitt à Rancière. Tu en retiens deux : 1. « marcher sur deux pieds : le pied de la démocratie directe et celui de la démocratie représentative avec délégation de pouvoir continuellement contrôlée » ; nous venons d’en parler. 2. « assumer notre transversalité thématique qui, bien qu’elle soit difficile à mettre en oeuvre est la seule garantie que nous en perdons pas de vue l’objectif central de construire un monde solidaire ».
Nous touchons bien là au cœur du problème. En invoquant la transversalité nécessaire, il s’agit bien d’évoquer une spécificité de la politique. Elle ne se réduit pas un bouquet ou à une somme de griefs sociaux. Elle cherche à donner une réponse d’ensemble à la domination systémique impersonnelle du Capital. C’est en quoi elle s’oppose radicalement à toutes les rhétoriques post-modernes sur la politique en miettes, à leur rejet de la catégorie dialectique de totalité, à leur dissolution de l’histoire dans une somme d’instants discontinus. Debord avait bien compris qu’il n’y a pas de stratégie possible sans historicité. C’est pourquoi l’idéologie post-moderne est le degré zéro de la pensée stratégique, et par conséquent une forme de négation de la politique.
« Plus on sera transversal et cohérent, plus on sera politique », dis-tu. C’est vrai. Ce « on » désigne Attac puisque c’est à ses membres que le texte est destiné. Tu devances la question prévisible : « Faut-il alors s’occuper de tout ? ». Réponse : « Non, mais il faut relier les thèmes que nous choisissons aux autres ». La réponse me paraît boiteuse. Quel est le critère du choix entre les thèmes élus et les thèmes délaissés ? Et surtout, qui relie, en fonction de quelle vision d’ensemble, car il est difficile d’imaginer que ce travail de relieur soit purement technique, une besogne de passeur ou de truchement neutre. A récuser le rôle d’intellectuel collectif du parti, ne risque-t-on pas de confier aux experts (en reliure !) et autres « conseils scientifiques » un rôle.. ? — d’avant-garde éclairée et éclairante !
Et si le choix et la reliure impliquent une grille de lecture du réel et l’inscription dans un projet (celui d’un monde solidaire par exemple), alors en quoi Attac se distinguerait d’une organisation (ou d’un parti politique), si ce n’est provisoirement par le fait de ne pas participer à la lutte électorale ?
A propos des partis, il n’est sans doute pas superflus de rappeler que les staliniens et nous n’avons ni la même conception ni la même pratique. Et la conception dite « léniniste » renvoie davantage au « léninisme » canonisé par Zinoviev au Ve congrès de l’IC qu’à la tradition bolchevique (voir à ce propos Marcel Liebman). Et le centralisme bureaucratique version Staline n’a pas grand chose à voir avec le centralisme démocratique, dans lequel centralisme et démocratie, loin d’être antinomique, se conditionnent réciproquement : une démocratie qui n’a pas pour enjeu la définition d’orientations et d’une pratique commune, n’est qu’un forum d’opinions ou un bavardage inconséquent.
Plus largement, tu parles bien de la nécessité de se « réapproprier le patrimoine culturel de l’histoire émancipatrice ». Fort bien. Mais n’est-il pas tout aussi important de s’en réapproprier le patrimoine politique, programmatique, et stratégique, fût-ce pour le dépasser ? On recommence toujours par le milieu. Et la fonction d’un parti c’est aussi de porter cette mémoire des expériences, victoires et défaites passées, qui évite de repartir toujours de zéro. Peut-il exister un stratégie sans mémoire ? Les révolutionnaires, pas plus que les militaires, de devraient le penser. Vaste question.
Crise de vocation
14. Conscient de la difficulté, tu y réponds par une double négation : « Attac ne peut s’isoler avec l’ambition d’être le parti des sans-parti, le syndicat des sans-syndicat ». Mais elle ne peut non plus de contenter d’être un mouvement unithématique – sur la dette ou les paradis fiscaux – car la mondialisation a une logique totalisante, et elle ne peut pas se contenter non plus d’être « un mouvement d’éducation populaire ». Crise de vocation ? A laquelle tu réponds par la mission « de s’inscrire dans la continuité d’une histoire sociale et de prendre notre place parmi toutes les structures du mouvement social et citoyen, dont les syndicats ».
Toute sa place, mais laquelle ? Cette place existe. Elle a été utile dans l’essor du mouvement alter. Elle l’est encore et doit pouvoir continuer comme association unitaire, composante de ce mouvement pluraliste, en assumant avec précaution son hybridité de mouvement socio-politique qui ne veut pas se transformer en parti sous peine de devoir définir sa propre stratégie dans un champ où il en existe déjà plusieurs (dont la plupart parties prenantes de la construction d’ Attac). « La gageure, conclus-tu, est de politiser notre action sans être un parti », et de naviguer par conséquent entre deux écueils, celui d’un engagement partisan qui transformerait de fait Attac en nouveau parti, et celui d’un apolitisme qui serait « la maladie infantile de l’altermondialiste ».
La voie est étroite, sans doute. Elle est en rapport avec les indéterminations du nouveau cycle de luttes et d’organisation qui commence à peine face aux ravages de la mondialisation libérale. Elle constitue probablement la seule perspective possible pour l’avenir d’Attac. Mais elle ne répond pas, au-delà, à la question de savoir si, indépendamment d’Attac, un « engagement partisan » est nécessaire, sur quel projet et sous quelle forme, ou si l’on devrait se satisfaire du paysage politique tel qu’il est, de la distribution maintenue des rôles entre mouvements sociaux et représentation politique, avec Attac en position délicate de go between.
Questions/réponses stratégiques ?
15. Venons-en à ton troisième et dernier axe de réflexion, celui concernant « les questions stratégiques à court et moyen terme ». C’est ici que l’on attend un début de réponse à la quadruple faillite des « modèles stratégiques ». On est assez déçu, car les pistes indiquées (personne ne demande une réponse achevée) ne vont guère au-delà de l’exigence d’une « régulation de la globalité du monde fondée sur la primauté des droits humains fondamentaux », autrement dit de la thématique du mouvement altermondialiste ou anti-libéral, dont tu viens toi-même de diagnostiquer l’impasse et la crise. Certes, tu déclines les têtes de chapitre de ce programme de régulation : la paix, la démocratie, la satisfaction des besoins essentiels, la préservation des biens communs.
La paix ? Bien sûr. Mais laquelle ? Comment s’opposer à la guerre globalisée et à l’état d’exception banalisé sans redéfinir un programme anti-impérialiste et anti-militariste (qui ne saurait être confondu avec le pacifisme ou la non-violence) ? Faute de rentrer dans le vif politique de ces sujets, on a vu comment le pacifisme et la non-violence revendiqués en Italie par Rifundazion communista n’ont pas empêché ses députés de voter le principe et les crédits de l’expédition impériale en Afghanistan. De même, l’invocation de la Paix sans phrase ne dit pas grand chose de la politique concrète à défendre dans la crise du Darfour ou dans la tragédie du Proche-Orient.
La démocratie ? Bien sûr aussi. Mais laquelle, et jusqu’où ? Sommes nous bien d’accord, non seulement pour démocratiser les institutions par l’introduction de la proportionnelle, la rotation des mandats, la déprofessionnalisation des pouvoirs, mais aussi pour démanteler la logique présidentialiste de la Vè République, supprimer la présidence, le Sénat, la tutelle préfectorale sur les communes et les régions, et surtout pour que la démocratie politique s’élargisse à la démocratie sociale, dans et hors l’entreprise.
Satisfaire les besoins essentiels et préserver les biens communs ? Tout à fait d’accord. Mais alors, sommes-nous aussi d’accord pour en tirer les conséquences, et notamment celles d’un droit à l’existence « opposable » au droit de propriété.
Tu signales en effet fort justement le danger de dévoiement que peut comporter la priorité donnée sans autre précision aux droits fondamentaux, « celui de déplacer l’action du terrain politique au terrain moral ». Et tu en donnes comme exemple éclairant la façon dont « le pacte Hulot a déplacé la prise de conscience écologique sur le terrain moral ». En effet, et c’est la raison pour laquelle nous avons été l’un des rares courants à refuser de le signer par pur opportunisme électoral, tout en saluant l’opportunité de l’alerte médiatique auquel il contribuait. Comment prétendre changer l’orientation des politiques énergétiques ou rééquilibrer les rapports entre ville et campagne pour révolutionner la politique des transports, sans s’attaquer au lobby pétrolier, à l’industrie d’armement, à la spéculation foncière et immobilière ? Comment préserver les biens communs de l’ humanité sans remettre en cause les multinationales et l’exploitation privée de l’eau, etc ? Bref, comment concevoir une écologie sociale en prétendant rester en lévitation oecuménique au dessus des antagonismes de classe et des oppositions entre gauche et droite ? Comme tu le dis fort bien, une démarche qui évite de s’attaquer aux véritables centres de pouvoir et de décision (et la propriété privée n’est pas le moindre) est vite réduite à des sermons moralisateurs (parfois nécessaires au demeurant) sur le civisme et la réforme des comportements en lieu et place de la transformation sociale.
Travailler moins pour vivre plus
16. Tu insistes aussi sur la nécessaire bataille idéologique contre la captation par les « néo-conservateurs » de la « valeur travail ». Il est certain que le divorce qui s’est opéré au fil des années 70 et accentué pendant les années Mitterrand le divorce, entre ce que Boltansky et Chiapello appellent la « critique sociale » et la « critique artiste », a fait des dégâts idéologiques dont on mesure à peine la portée, et les balivernes de Rifkin ou Méda sur la « fin du travail » n’ont pas arrangé les choses.
En 68 et au début des années 70, ces deux critiques (celle de l’exploitation et celle de l’aliénation ou de la réification) étaient étroitement liées. Pas seulement en France, mais aussi en Italie. Leur divorce est le résultat du reflux social de la fin des années 70, et de la réécriture révisionniste, de commémoration en commémoration, de décennie en décennie, du sens de l’événement 68. La grève générale a peu à peu été refoulée derrière la simple modernisation des mœurs et du mode de vie, au prix d’un détournement d’héritage et l’auto-célébration générationnelle des promus du mitterrandisme. Bref, 68 comme épopée rétrospective des classes moyennes et des gagnants flamboyants des années Tapie.
Ton appel à renouer avec « les fondamentaux la critique du capitalisme sans endosser le stalinisme et en y intégrant la dimension écologique » est donc fort bien venu. A condition de ne pas se laisser piéger par le discours sur les valeurs qui remplaceraient (c’est très à la mode, à droite comme à gauche) les notions de projet ou de programme. En effet la dispute sur le fait de savoir si la valeur travail est de droite ou de gauche risque de ressusciter un fétichisme du travail (avec ses relents protestants) dont W. Benjamin a fort bien dit les ravages, qu’associé à une culture productiviste et à une mythologie progressiste, il avait pu faire dans le mouvement ouvrier, social-démocrate d’abord, stalinien ensuite. La bataille sur le droit à l’emploi et la réduction du temps de travail est en effet tout autre chose que la célébration de la libération par le travail, que la rhétorique sarkozyenne de l’effort récompensé (un salaire n’est pas « une récompense » mais un dû) : il ne s’agit pas de travailler plus pour gagner plus, mais bien de travailler moins pour travailler tous et pour vivre plus.Cercle vicieux
17. Tu essaie pour terminer de résumer pédagogiquement « les exigences fondamentales » susceptibles d’exprimer les droits fondamentaux. Ta réponse n’est pas à la hauteur de l’ambition stratégique annoncée. Tu dégages trois exigences prioritaires :
1. Des taxes globales pour protéger les biens communs ;
2. L’élaboration d’un plan écologique mondial ;
3. L’application immédiate de toutes les conventions de l’OIT.
L’intention peut être louable. Mais la réalisation présuppose ce qui précisément n’existe pas : une gouvernance mondiale ayant force de loi.
Tout le problème politique concret consiste précisément à faire en sorte d’avancer dans cette direction à partir d’une situation où les souverainetés nationales sont bousculées par la mondialisation, affaiblies mais certainement pas abolies ; et où elles peuvent au contraire, dans certaines circonstances, représenter des leviers pour modifier les rapports de forces (comme l’illustre la situation au Vénézuela ou en Bolivie, avec la revendication de souveraineté énergétique et alimentaire ou la renégociation des investissements étrangers et de la dette, etc).
A situer l’action prioritaire au niveau des institutions internationales sans que les rapports de forces sociaux réels soient modifiés, on risque fort de se condamner à une action de lobbying dans les couloirs des sommets internationaux, comme le font déjà nombre de grandes ONG. La question est plutôt de penser une politique répondant à une échelle mobile des espaces politiques imbriqués, au niveau national, régional et mondial, articulant par exemple la dynamique vénézuélienne au projet bolivarien de l’ALBA (avec des initiatives concrètes en matière de politique énergétique continentale, de crédit bancaire, d’outils de communication, de coopérations universitaires, etc). Ou encore articulant, en Europe, les résistances autour d’acquis législatifs ou culturels nationaux (la protection sociale, le droit du travail, la laïcité) avec des propositions de critères de convergence sociaux, fiscaux et démocratiques européens. Faute d’une telle démarche, les exigences abstraitement justes resteraient suspendues au ciel des bonnes intentions.
Quant aux moyens envisagés, ils semblent fort modestes pour faire face à la profonde crise d’orientation que souligne l’ensemble de ton texte. Refaire des forums continentaux et mondiaux une priorité ? Il faut essayer, d’autant plus qu’il n’ont certainement pas épuisé leur « force propulsive » à l’échelle de continents comme l’Asie ou l’Afrique, mais sans ignorer qu’ils seront eux aussi confrontés à un tournant. Comment tenir un forum social au Brésil sans confronter les expériences politiques vénézuélienne et brésilienne ? Et comment en tenir un en Europe sans tirer le bilan du gouvernement Prodi et sans se prononcer sur le traité simplifié européen ? Autrement dit, la politique s’invitera avec de plus en plus d’insistance dans les forums « sociaux », non par parasitage des organisations politiques, mais précisément du fait que le mouvement altermondialiste est en panne stratégique (il faudrait d’ailleurs mieux parler des mouvements que d’un mouvement qui serait un acteur au singulier) et lui-même gros de différentes options stratégiques divergentes voire opposées. Si l’on veut qu’il trouve un nouveau souffle, il faudra apprendre à discuter ces divergences au lieu de les refouler.
Les autres propositions restent du domaine de la généralité (développer les partenariats des comités locaux ou les lieux permettant de mettre en place des cadres unitaires de mobilisation). Il s’agit là des tâches propres à une organisation comme Attac. Il n’y a pas lieu dans cette contribution de les discuter. En revanche, l’éclairage qui leur est donné par une des dernières phrases de ton texte retient l’attention : « La période récente ayant montré que les partis n’étaient pas prêts à sacrifier leur organisation à l’unité des mouvements de contestation, n’avons nous pas une responsabilité de cet ordre dans le cadre du mouvement social et citoyen ? »
Etrange question. Pourquoi d’abord les partis devraient-ils « sacrifier » leur organisation à l’unité des mouvements ? Partis et mouvements seraient-ils incompatibles ? On devine derrière une telle formule la critique grinçante des boutiques et des appareils ? Mais il y a des boutiques de toutes sortes, des PME et de grandes firmes. Attac est aussi une boutique. Il existe même des individus – j’en ai connu un certain nombre, et la médiatisation en produit désormais en série - qui sont des boutiques à eux tout seuls, disons des boutiques familiales. Ici aussi, la critique moralisante risque d’étouffer la discussion politique.
Je pense, à l’opposé de ce qu’implique ta formule, que l’existence de partis défendant clairement leurs propositions est la condition de rapports sains avec les mouvements sociaux et de respect du pluralisme en leur sein. Sans cette dialectique ouverte entre partis et mouvements, qui font de la politique sous des formes et sur des registres différents, les mouvements deviennent le champ privilégié de manipulations et de manœuvres obscures.
De plus, les organisations politiques militantes rassemblées autour d’un programme, sont des espaces de démocratie, imparfaits certes, mais les mieux à même de résister aux puissances envahissantes de l’argent et à la cooptation médiatique de porte-paroles autoproclamés par-dessus la tête des militants.
Le réel problème, ce n’est pas la « forme parti », c’est la bureaucratisation de la société, et les partis, avec leur contradiction, peuvent être un outil pour lui résister. En clair, à travers ton appel au « sacrifice » des partis, veux-tu dire que pour toi des partis, si radicaux soient-ils, n’ont plus aucune fonction, et devraient reconnaître en conséquence leur vacuité et leur obsolescence ?
En fait, et c’est probablement le cœur du débat entre nous, tu diagnostiques lucidement une crise stratégique, mais, en dissociant les réponses à cette crise de la médiation organisationnelle permettant de définir et de mettre en pratique une stratégie, tu ne peux que rechuter dans les vieilles ornières. Alors que tu situes les défis et les enjeux à leur juste niveau, la réponse consistant à mettre fin à « l’enchantement » du capitalisme néo- libéral par « l’éducation populaire » ne sort pas du « moment utopique » qu’elle prétendait pourtant dépasser.
“De sorte que l’indignation tartuffière contre la trahison, ou le débauchage, de Kouchner, Jouyet, Bockel, Fadela Amara (et d’autres à suivre) est dérisoire. Quand il ne reste plus grand chose à quoi rester fidèle, parler de trahison n’a plus guère de sens. Et tous ces transfuges ont sans nul doute le sentiment de rester fidèles à eux-mêmes et de pouvoir faire au service de Sarkozy ce qu’ils auraient fait au service de Strauss-Kahn ou de la dame blanche.”
Ce genre de propos est propre à dégouter bon nombre de quidam de la politique. Il est révélateur du niveau d’enfermement de son auteur dans des cogitations théoriques qui l’éloignent du sens que peut revêtir le mot trahison pour le commun des mortels, non spécialiste des subtilités du placement et du déplacement réels et apparents des uns et des autres sur l’échiquier politiques.
Quand “officiellement” un type classés “officiellement” à gauche ralie l’adversaire “officiellement” combattu depuis toujours (cf Besson) dans la foulée d’une élection perdue, et bien dans la morale publique cela s’appelle encore (et fort heureusement) une trahison !
Et quand M. Ben Saïd, rompu à toutes ces subtilités, assène que voir en cela une trahison relève de la tartufferie, déjà il déclenche en moi l’activation d’un reflexe de méfiance.
La plupart de smiliatnts politiques savent bien que cs gens n’ont pas de convictions dites de gauche. Ce n’est même pas la peine de s’appaisantir là-dessus et encore moins d’en faire des gorges chaudes. En revanche, la trahison est symbolique. Et traiter par le dédain celle-ci est néfaste selon moi pour la santé du corps social ! Et n’augure rien de bon quand à l’état d’esprit qu’est susceptible d’insuffler dans la vie politique du pays ce penseur lié à la LCR. Raisonnement qui vaut pour tous les politiques de quelques bords que ce soit qui adoptent un discours analogue. A ceci près que tous n’ont pas la volonté affichée par la LCR de vouloir une société changée pour le meilleur.
Je pense que dans toute société, une attitude qui présente aux yeux du plus grand nombre les caractéristiques d’une trahison doit “officiellemen” être dénoncée comme telle, a fortiori par les personnalités qui font autorité dans leur domaine. Quand bien même nous ne sommes pas dûpes du jeu des uns et des autres.
Ne pas le faire, ou le faire mollement, sans conviction, revient à accréditer l’idée que trahir n’est pas trahir en fait. Vous imaginez les implications qu’un tel laisser-faire moral peut avoir sur la cohésion d’une communauté.
N’est-ce pas là faire le jeu du libéralisme tant décrié que de tolérer tacitement les calculs d’opportunité éminemment individualistes dans une société qui ressemble de plus en plus à une jungle où les frontières du tolérable et de l’intolérable tendent à se déplacer.
Déplacment en faveur de ce qui était hier intolérable pour mieux justifier les comportements prédateurs induits par la logique des sociétés libérales quand le libéralisme idéalisé sert de cache sexe à la domination des plus forts. Et au final des plus pervers car entre deux forts, la compétition amoralisée (et donc immoralisée) s’accomodera toujours de la victoire du plus tricheur (cf le dopage dans le sport) en fermant les yeux parce que finallement c’est une solution de facilité qui correspond au penchant naturel de l’humain.
N’est-ce pas précisément ce goût pour la facilité qu’exploite le système qui veut marchandiser tout partout tout le temps ! Et l’amoralité a vite fait de tomber dans les bras de l’immoralité en vertu de ce penchant naturel…
D’où la nécessité que les personnes ayant autorité dans leur domaine soient les garants de l’effort de moralité dont la société a symboliquement besoin.
“C’est ici que l’anti-libéralisme minimal, qui se satisferait de politiques prétendant tempérer les excès de la dérégulation marchande, corriger les inégalités et la pauvreté par le micro-crédit, ou encore sauver la planète par les éco-taxes, trouve sa limite.”
Raisonnement àla limite du sophisme car pourquoi faire de ces mesures l’alpha et l’omega de l’altermondialisme alors qu’il peuvent très bien être vu comme des étapes. Qu’est-ce qui empêche ensuite d’aller plus loin ?
Et si c’était précisément cela le problème pour la LCR et les tenants d’une approche révolutionnaire : déconsidérer toute tentative de faire évoluer la politique par étapes ! Changement dont on ne connait pas bien sûr l’agenda !
il me semble que c’est là le vrai problème et que sur ce point je suis d’accord avec Ben Said, ce système est-il réformable, si je dis non . l’illustration en est donnée par les mesures d’Attac sur ce site face à la crise financière. C’est toute la réflexion que je tente d’avancer dans mon texte sur la crise financière, son caractère global. Cela dit une des données de la période est que l’on ne peut même plus opposer réforme et révolution, parce que la réforme progressiste est rendue impossible, toutes les “réformes” vont dans le sens de la réaction, du financier, et donc d’une aggravation.
C’est bien ce qui rend si précieuses les luttes, la défense pied à pied, par exemple contre la Constitution européenne. Et là encore je suis d’accord avec ben Said, ce qui rend ridicule les ségolenades, et plus généralement ce qu’on feint de découvrir aujourd’hui la prochaine identité entre le PS et l’UMP, ne serait-ce qu’à travers leur adhésion à l’Europe, ou encore la vision du Moyen orient et de la planète.
Il est inutile de se faire des procès d’intention et de ce point de vue le texte de ben Said n’en manque pas non plus mais réflechissons aux moyens réels d’agir.
Je pense à l’intervention de Chavez au forum de Caracas demandant aux participants si l’altermondialisme c’était du tourisme planètaire ou la possibilité d’organiser vraiment un mouvement, j’ajouterais par exemple de lutte pour le désarmement…
Danielle Bleitrach
Echec de la réforme, donc vive la révolution. Ainsi la révolution se nourrit de l’échec de la réforme. Mais la révolution, elle nous mène où avec ces beaux prémices théoriques ? Avec qui vous la faites ? Avec quel type d’humain ? un humain, c’est pas rationnel. Que faites-vous des déviants ? Vous les purger ? Et comment vous motivez les individus pour qu’ils adhèrent à votre nouvelle organisation sociale, pour que le système conçu a priori tienne ses promesses et ait donc des chances d’emporter l’adhésion. Les gens savent ce qu’ils ont actuellement dans un système ou bon an mal an il ne fait pas si mal vivre pour le plus grand nombre en dépit de tous ses défauts et inégalités. C’est un ancien Rmistes 2007 qui dit ça.
C’est bien beau de gagner la bataille théorique : mais les conséquences ensuite dans la vraie vie, aucun modèle ne peut même les entrevoir. Les gens préfèrent largement un tien que deux tu l’auras théoriques bien hypothétiques.
Ce discours-là aussi les penseurs de la révolution doivent l’intégrer et ne pas faire comme si tout le monde les attendait les bras ouverts.
Le changement passera par la réforme contrainte ou ne passera pas autrement si ce n’est à la suite de sombres événements qui auront sapé totalement ou partiellement les fondations du système.
La révolution (un tour complet sur soi-même !) se fera par réformes successives sous la contrainte des événements et pas parce qu’elle aura été décrétée et planifiée par un groupe de visionnaires experts en théorisation.
Bon et puis pour finir d’être rabat-joie et enfoncer une dernière porte ouverte, je crois que les dernières expériences révolutionnaires rattachées à tort ou à raison au communisme sont de nature à en dissuader plus d’un parmi nous à resservir le couvert !
je crois que votre anticommunisme est si visceral qu’il vous interdit premièrement de faire le détail réclamé par Ben said entre “staliniens” et les autres, entre pcf et lcr… Tout ça c’est un bloc… mais le pire est que cela vous empêche de lire ce qui est écrit et qui n’a rien à voir avec ce que vous pensez avoir lu…
Ainsi non seulement je n’ai pas interdit les “étapes”, ni opposer réformes et révolution, mais j’ai au contraire dit que dans la période les réformes n’étaient que régression (celles prônées par Sarkozy mais aussi DSk et excusez moi certaines de Ségolène) ne serait-ce qu’à travers leur adhésion à l’Europe… Donc il ne fallait pas au contraire opposer réformes et révolution mais mieux comprendre les buts et les moyens…
j’ai bien des choses à dire mais votre anticommunisme (ce n’est pas la première fois que j’en mesure l’obscurantisme)rend difficile la discussion puisque nous ne parlons visiblement pas des mêmes choses.
peut-être vaut-il mieux briser là si vous les voulez bien… Personnellement vous pouvez écrire tant que vous voulez en dehors d’insultes je ne vous censurerai pas, mais je renonce à un dialogue aussi stérile.
Danielle B
Danielle Bleitrach
A l’appui de mon premier commentaire sur l’importance pour une société de condamner symboliquement ce qui doit l’être, j’invite à lire ce billet sur le site de “de defensa” [ http://tinyurl.com/yvu9n8 ] et notamment les trois dernières lignes qui en constituent la conclusion : “Le marché règne, c’est-à-dire la concurrence, le soupçon, l’ivresse et la peur, — et, au bout du compte, l’absence de références respectables (ce qui signifie : “dignes de respect”). La crise de confiance est celle de l’irrespect parce que plus rien n’est aujourd’hui respectable.” A force de tolérer les tricheries au motif que c’est devenu la règle dans le milieu ambiant où la loi du plus malin et du moins vertueux tend de plus en plus à devenir la règle admise par le plus grand nombre. Mutation des repères opérée par le truchement de glissements qui succèdent aux dérives, tolérés lorsqu’ils sont pris séparément parce que apparemment bénins. Ou encore mieux parce qu’ils sont présentés comme allant dans le sens du merveilleux progrés de la liberté, une conséquence inéluctable de la marche au pas de charge vers l’affranchissement des carcans désuets hérités du passé. S’y opposer c’est faire preuve d’un indécrotable archaïsme !
Résultat des courses : médiocrité et vilenie, passées en contrebande dans la besace de la modernité, s’imposent triomphalement comme les atouts de référence de l’individu performant ! Au grand détriment des équilibres et des repères collectifs où l’individu devrait puiser une certaine sérénité, maintenant que la religion a perdu sa prééminence quant à la paix de notre âme !
Soit brisons là si vous ne voyez aucun intérêt à mes commentaires. Ce n’est pas bien grave. Mais pour stériles que soit mes questions et mes remarques de citoyens, je me demande bien comment un parti qui s’appelle communiste et un autre qui prétend à la révolution entendent faire passer leur message au-delà d’un cercle restreint de militants et de sympathisants convaincus.
Pardonnez au simple citoyen que je suis son obscurantisme mais je doute que vous rencontriez foule de citoyens suffisament éclairés (par qui ?) pour les gagner à vos partis respectifs.
Ceci est la réalité je pense. Je ne suis pas spécialement anti-communiste. Il m’est arrivé de voter LCR à plusieurs reprises. Mais je ne suis pas convaincu du tout alors je le dis. Certes sans pouvoir recourir à une culture politique aussi riche que la vôtre loin s’en faut. Mais jusqu’à preuve du contraire, je ne pense pas être très éloigné du citoyen lambda que PC et LCR devraient convaincre pour faire avancer leur projet respectif. Et encore une fois, Révolutionnaire et Communiste, pour primaire que soit cette réaction, j’en conviens, ça ne passe pas très bien en France. Bon allez c’est entendu, j’y reviens plus.
C’est pas très rationnel comme remarque, mais c’est un fait observable. J’y peux rien.
Mais me direz-vous pourquoi est-ce que je passe mon temps à intervenir chez vous si je suis d’accord avec rien. Parce que je pense néanmoins que c’est avec des gens comme vous qu’on doit essayer d’agir de concert, chacun dans son rôle, pour faire advenir un monde où il fait meilleur vivre. Et comme en tant que citoyen non encarté je trouve que PC et LCR en tant que parti ne sauraient suffire à faire avancer la cause, j’exprime mes raisons élémentaires de déplorer toutes ces gesticulations de chapelle. Mais je ne disconviens pas qu’il faille en passer par là. En attendant autre chose… j’espère !
Malheureusement vous savez très bien que j’ai lu vos interventions sur un autre blog, et que j’ai découvert l’anticommunisme dont je parle…
Vous croyez passionnément en Ségolène Royal, c’est votre droit, vous avez une prévention contre les communistes, ce serait à nous de tenter de les lever si mon objectif était militant… J’essaye tout au plus de m’éclaircir les idées… Il est de tenter d’approfondir un certain nombre de questions et pour cela un minimum de bonne foi sans a priori sont nécessaires… je ne parle pas au nom de ben Said, mais en mon nom propre et des raisons qui m’ont fait créer ce blog…
Je ne cesse de le répéter, ce blog a une certaine audience, en ce moment malgré les mois d’été c’est un minimum de passages individuels de 250 à 350 personnes, je trouve ce chiffre largement suffisant, et je souhaite pousser la réflexion… Donc je veux de l’écoute…
Cela dit j’étais assez d’accord avec vous sur l’aspect moral et sur le rôle de l’indignation en politique mais je crois que ce n’est pas de cela dont Ben Said parle… Il dénonce ceux qui feignent de découvrir ce qui était évident depuis pas mal d’années la collusion…
Danielle Bleitrach
Je préfère le ton de votre dernier message. Moi je n’ai rien contre vous en particulier bien au contraire. Et je ne suis pas anti-communiste primaire. Pourriez-vous me donner l’URL de ce que vous avez lu sous ma plume au sujet de Royal. Il est vrai que j’ai pu être séduit par Royal à une certaine époque pas si lointaine. Ce n’est plus le cas. J’ai voté Royal le 6 mai. Et oui quelque soit les hottes de reproches que l’on peut déverser sur les socialistes, je n’oublie pas néanmoins qu’un gvt rose est moins pire qu’une gvt bleu, genre Raffarin ou Sarkozy. 39 h, retraite à 60 ans, la culture, 35 h, peine de mort,5e semaine de congés, RMI, CMU : autant de mesures dont j’ai pu bénéficier (sauf la retraite) et qui n’auraient probablement jamais vu le jour avec la droite !
Encore une fois, je respecte votre travail ; je lis pas mal de vos billets et je suis abonné au fil RSS de votre site. Mais bon, quand je ne suis pas d’accord avec quelque chose je le dis, et il peut m’arriver de digresser ou d’ouvrir des parenthèses.Mais bon je ne parle pas encore de la cuisson des haricots
!!
bon peut-être y a-t-il confusion, intervenez vous dans le blog du héron gris ?
Je suis une grande spécialiste des confusions de nom… Surtout quand ils deviennent des pseudonymes…
Danielle Bleitrach
Bon nos affaires s’arrangent un peu car je n’interviens aucunement sur le blog du héron gris. Mais il m’est arrivé d’avoir des propos assez laudateurs pour Ségolène Royal, mais pas par convictions socialistes, plus par adhésion à sa démarche et à son style (et puis quoi elle du charme et comme je le soulignais précédemment, le citoyen électeur n’est pas que raison pure !). Et puis face à Sarkozy, je n’ai pas fait la fine bouche longtemps car Royal n’avait pas du tout mes faveurs au départ !
Mais aujourd’hui que j’ai repris ma liberté, je n’ai pas de chapelle de rattachement. Je cherche moi aussi dans l’espoir qu’un mouvement conséquent, dans les deux sens du terme, se forme du côté de la gauche de gauche avec une sérieuse option écologie.
oublions donc cet infame échassier grisonnant cause de notre incompréhension… Je n’ai pas été séduite par Ségolène sans doute parce que rien de plus vache pour une femme qu’une autre femme
pour rester dans le cadre de vos justifications… Non honnêtement elle m’a excédée avec son côté donneur de leçon et surtout la manière dont elle battait le beurre… je me disais avec suspicion : si elle ne dit rien, c’est que ce qu’elle pense est inavouable…
J’ai un ami socialiste qui s’est rendu au meeting de Montpellier dans un état voisin de l’exaltation, ce qui n’est pas dans son tempêrament, vu surtout que la raclée se profilait à l’horizon. Comme je savais que ma propre candidate allait également en prendre une je ne faisais pas la maligne, mais je me demandais ce qui passait par la tête à tous ces ségolènomane… Grâce à vous j’ai compris, c’était hormonal…
A choisir je préfère Hollande… Je signale que sur le site Bellaciao sur lequel je n’étais pas interdite je m’étais étonnée de son intervention dans le monde sur la fiscalité… Comme je l’avais dit à l’époque où il était hanté par les mannes de Jules Guesde ou il avait décidé d’enquiquiner son épouse-candidate qui elle avait choisi sur ces questions comme les autres de “battre le beurre”… Pas mal vu… Toute la campagne il a tiré à gauche… Mais j’ai voté au deuxième tour pour Ségolène… Pour battre l’autre j’y serais allé en rampant le bulletin entre les dents…
Cela dit tout cela frise le ridicule et il est évident qu’il n’y a rien à attendre de ce côté là…
Danièle,
Tu recherche en ce moment les moyens de revitaliser notre communisme national, eventuellement le PCF, n’y a t il pas éléments de recherches à creuser du coté de la CGT?
A te lire
A bientot
DIMITRI
Le PCF, c’est une longue marche de rendez vous manqués!
Si nous sommes un peu pour lui des être aimés, continuera il longtemps à nous faire faux bond ?
Làs, je crois qu’il n’y a plus grand chose à en tirer si ce n’est le gros rouge de la fête de l’Huma.
plusieurs POSSIBILITES:
- On y reste et on ferme sa gueule et puis on s’en va ivre de fatigue(façon des miliers de camardes)après foules d’indigestions de couleuvres!
- On y reste, essayant de le redresser (façon PRCF) tout en prévoyant éventuellement que si un jour les temps changent, on pourra peut etre en partir!
- On s’en va en claquant la porte en grogant mais on entend plus jamais parler de vous!
- On en sort essayant de faire autre chose ( façon urcf ou comme ton amie Rolande Perlican)et puis on reste un groupuscule groupusculant depuis 10ans (même en ayant la foi dur dur!!!)
- On s’en va en leur disant leur quatre vérités et puis on se retrouve avec des chardons sous notre siège au comité national (Façon Pierre Juquin ou Danielle Bleitrach (je ne sais pas si tu l’aimais bien mais j’ai toujours eu un faible pour lui))!
- On s’en va lors d’un vote de la conférence fédérale de 1997 qui a décrété que tout allait bien dans le plus beau des partis du monde avec les dirigeants les plus fabuleux du monde dans la bulle la plus minuscule du monde et quand on se retrouve seul à voter comme un con contre le rapport d’activité et les orientations nationales( fabuleux eux aussi)!(ah oui, façon Dimitri bien sûr!Mais là pas besoin de chardon je ne suis même pas sûr qu’ils se soient rendus compte de mon vote!)
- Il y en a sans doute une autre sympa celle là meu je ne la connais po!
Non vraiement, je commence à me trouvez de plus en plus proche de Fidel, nous avons besoin d’un mouvement du 26 juillet! Ou alors d’un seul parti à gauche, quitte à ce que le PS soit hégémonique un temps, les circonstances externes feront bouger les lignes et les hommes, et des barbudos sortiront peut être des bois…
a+
DIMITRI
PORTUGAL
GRECE
REP TCHEQUE
CHYPRE
4 PARTIS COMMUNISTES PUISSANTS ET IMPLANTES.
4 PARTIS TOUJOURS FRANCHEMENT COMMUNISTES!
.4 PARTIS A SUIVRE DE PRET
Je suis toujours étonné de voir combien sur les forums les commentaires s’éloignent du sujet traité ! Ayant été à l’origine de la transmission de ce texte je me sens un peu concerné…
Il s’agissait je le rappelle d’une réflexion autour de la position de l’actuel président du mouvement ATTAC, Jean Marie Harribey, au travers d’une analyse faite par Daniel BenSaïd qui faisait l’effort de décrypter selon sa propre grille de lecture , les questions traitées par un des représentants de l’altermondialisme Français.
J’avais personnellement trouvé cette analyse en dix sept points, trés détaillée, trés interessante, car je crois que nul prétendant à une reconstruction de la gauche ne peut faire l’économie d’une analyse sur la nature, les limites et peut-être les dérives possibles d’un mouvement qui dans le passé récent lors du débat autour du TCE s’était allié à toute la gauche antilibérale (aprés vote interne à 85% pour le “non”).
Cette analyse est longue, j’en conviens, c’est sans doute la raison pour laquelle certains se contentent de voir “qui parle” (D BS) et “d’où il parle” (militant affiché lcr ), pour ne pas s’interesser trop au contenu, mais seulement au dépistage d’une phrase ou d’une expression susceptible de conforter un préjugé…et faire l’économie d’une lecture plus attentive…Et nous sont fournies les “pensées de Pascal”…auxquelles tente de répondre Danielle, sans trop de recentrage sur le sujet principal…Le même interlocuteur se dit redevenu “homme libre” dégagé de la Ségolitude, aprés avoir parfois voté lcr…Il y a des parcours étranges que l’ivresse d’une période bien déconcertante peut seule expliquer, nous sommes nombreux a avoir eu ce genre de “cuite” qui nous faisait tituber d’un bord à l’autre de la gauchitude en dérive…Mais je réfute le qualificatif de “libre” à tout interlocuteur qui reste prisonnier d’un anonymat; c’est une constante chez moi de refuser la considération des prises de position “politiques” non-identifiables…
Le débat sur le thème de cette chronique reste donc à ouvrir pour l’essentiel; non pas pour flinguer son auteur , mais pour confronter son argumentaire avec nos propres réflexions. Il se peut même que nous en sortions tous plus éclairés et plus solidaires que nous le pensions avant cet effort…Courage camarade, nous sommes sans doute dans le même camp pour les luttes à venir, ce serait dommage de ne pas s’en appercevoir…
Jacques Richaud (31)
Jacques,
Soyons clairs : je n’ai pas le bagage pour commenter un texte tel que celui de Daniel Ben Saïd et je ne conçois aucune gène à l’avouer ici. Dois-je pour cela renoncer à toute contribution, fut-elle modeste ? Je ne pense pas.
Mon apport prend alors l’apparence d’un témoignage de citoyen non encarté, la quarantaine, adhérent heureux d’Attac de 1999 à 2006. Ici je m’exprime en ma qualité de citoyen électeur. Je témoigne d’un vécu et d’une expérience. Je fais en quelque sorte un point sur l’état de ma recherche. Et je délivre cela en place publique car cela ne me semble pas totalement dépourvu d’intérêt, quand bien même le lien direct avec le sujet traité ici n’est pas établi.
Alors qu’on me pardonne ce hors sujet, mais l’existence de ces sites internet interactifs constitue une exprience nouvelle en matière d’expression. Cela permet à des non initiés, à des non militants, mais des individus qui se sentent concernés, de s’exprimer et de livrer l’état de leur réflexion. Cela ne me semble pas totalement dépourvu d’intérêt car vu de l’extérieur la démarche de certains partis de gauche ne répond pas à l’attente d’une partie de la population la plus exposée. Je rappelle ici que j’ai connu le RMI pendant trois ans.
C’est d’autant plus intéressant que j’entends souvent une critique récurente émaner de ces partis, comme quoi le PS serait coupé des préoccupations et des attentes des gens. C’est peut-être vrai, mais je puis vous dire que la LCR et le PC ne me semblent pas davantage en phase avec ces préoccupations et ces attentes. Et ce genre d’espace d’expression permet que cela soit dit. Après chacun en fait ce qu’il veut.
Mon propos n’est pas tant de convaincre que de témoigner. Un témoignage sincère parmi d’autres. Je suis (plutôt) de gauche, avec des aspirations qui tendent vers l’extrême mais je ne me reconnais pas dans les partis qui se situent à cette extrémité de l’échiquier politique. Je pense que ces objectifs constituent certes le but à atteindre. Leur démarche est peut-être porteuse d’espoirs pour certain(e)s mais selon moi elle n’est pas adaptée au contexte. A TROP VOULOIR D’UN BLOC CHACUN DE SON CÔTÉ ON N’OBTIENT RIEN. C’est une option, elle est respectable, mais elle n’est pas la mienne. Et d’après ce que je crois savoir je ne suis pas le seul dans ce cas. C’est aussi pour cela que je témoigne. Je suis un parmi les vrais gens. Je vis avec 1100 € par mois. Je suis chauffeur.
Je suis en recherche actuellement, plus que jamais. Je n’ai aucun port de rattachement et je considère donc exercer ma liberté dans une certaine mesure. Je ne m’interdis rien, pas même d’errer et de paraître m’égarer !
Maintenant que vous refusiez de prendre en considération ma prise de position au motif qu’elle est anonyme est discutable. En effet, ce qui compte dans mon propos, c’est la vraisemblance et la sincérité qui s’en dégagent. Et depuis que j’interviens sur les blogues, je considère que l’anonymat dès lors qu’il n’est pas utilisé à des fins insultantes ou diffamatoires, permet une expression plus libre. C’est aussi un facilitateur de parole, pas seulement le refuge des lâches !
Il m’arrive cependant de signer de mon prénom et de mon nom quand je souhaite donner un poids supplémentaire à une intervention. Tel n’est pas le cas ici ! Je ne brigue rien de particulier, je n’ai pas de rivaux à supplanter ou d’ennemis à démolir. Si tel était le cas (fort peu vraisemblable), au moins le ferais-je à la lumière. Je pense que mes interventions ici même donne quelques indices quant à mon souci de tenir une ligne de conduite propre. Je serais un assez piètre manoeuvrier je pense.
Et pour finir, si j’interviens parfois sur ce site, ce n’est certainement pas pour salir qui que ce soit, ni pour entretenir des conflits mais parce que j’apprécie l’hote des lieux à travers sa démarche (et sa photo
). Même si le sauvetage d’un certain PC n’arrive pas au premier rang de mes préoccupations.
J’ai connu Danièle Bleitrach en lisant certains de ses articles consacrés à Cuba sur le site le Grand Soir. J’ignorais qu’elle était communiste. Je la lisais surtout comme sociologue ! J’ai aimé le fond et la forme et je l’ai donc rejointe sur son blogue. D’où peut-être un certain malentendu ; si je ne suis pas ici en tant que communiste, c’est probablement que je suis un anti-communiste masqué ! Non : juste un citoyen qui essaie de rester aussi libre que possible et que souhaitable.
JE SOUHAITE UNE ACTION UNITAIRE AUSSI LARGE QUE POSSIBLE. Qu’elle soit difficile à mettre en oeuvre, certes ! Mais j’attends au moins que les uns et les autres proclament qu’en dehors de cette voie, il n’y a aucun espoir à entretenir !! Et que telle est leur volonté. et que leurs actes soient en conformité…
Pascal , bien voilà les choses sont claires…
Mais vous savez, je crois que c’est le cas de ben Saïd, on se donne beaucoup de ma pour traduire de manière claire des choses complexes, d’abord parce qu’elles supposent un acquis de connaissances qui les transforme en concepts . Par exemple les classes sociales, elles ne se balladent pas dans la rue, mais savoir ce qu’est une classe sociale permet de décrypter des phénomènes, de nous référer à des analyses antérieures, etc… Donc on fait un très gros effort pour être lisibles en dehors de ce bagage, et pour maîtriser des phénomènes que nous avons du mal à percevoir nous-mêmes, ne serait-ce que parce qu’il y a des évolutions. D’où ma tentative de présenter le plus simplement possible une crise financière “pour les nuls par une nulle”.
Quand un philosophe comme Ben Said ou une sociologue comme moi, nous tentons d’ouvrir le dialogue d’un point de vue militant, communiste disons, c’est parce que nous cherchons désespérement à partager ce que nous percevons, à l’enrichir par le dialogue. Nous faisons alors l’effort d’être le plus clair possible, parfois c’est trés long parce que cela va à l’encontre des idées reçues, que tout doit être précisé. Nous posons des questions en évitant le jargon ou en l’explicitant…
Et nous voyons des gens qui n’ont pas la patience de lire, qui ne font pas l’effort que nous faisons nous même pour ouvrir le dialogue… Des gens qui, comme vous, sont très capables de lire, de comprendre, d’apporter ou comme Dimitri, qui souvent p^èche par la même propension à ne pas lire ce qui est dit…
Donc il faut que nous poursuivions l’effort mais en nous donnant la peine. je ne vais plus mettre de nouveaux textes de quelques temps pour laisser le temps de lire et de débattre sur le fond.
Amicalement
danielle
Merci Pascal pour cette explication claire. Je te crois trop modeste car je suis sur que l’intérêt porté au sujet, permet à toi comme à d’autres, de clarifier “point par point” , comme le propose Daniel Bensaid, certains des débats complexes que Danielle tente de nous faire partager. Puisque membre d’ATTAC plusieurs années durant, tu as sans doute comme moi également membre, suivi les débats internes de cette organisation et percu les enjeux “politiques”parfois masqués par des formulations de diversion autour du “politique autrement”…
Nous avons TOUS des difficultés pour éclaircir ces débats, sans tomber dans le manichéisme ou la simplification; je suis sur que cet effort pourtant (que Daniel BS tente de nous aider à poursuivre) est nécessaire au retour d’une vie politique digne de ce nom et porteuse enfin d’espoirs. Comme je le disais pour finir mon premier commentaire, je crois que nous resterons du même combat, l’important est de lever si possible les malentendus préalables et non-forcemment fondamentaux, hérités de nos expériences ou désillusions antérieures. Non ?
Fraternellement, Jacques Richaud
Chère Danièle,
Je reconnais bien la le ton d’une universitaire rappelant ses étudiants à la rigueur intellectuelle.
J’ai bien lu, rassures toi,le texte précédent. Fort jargonneux mais peu a même de faire avancer le bouchon!
Je tire concrêtement deux conclusion hatives (donc peut être de faible valeur…):
- les nationnalisations des hydrocarbures au Vénézuéla et en Bolivie sont des actes concrets de voies à suivre!
- la solidarité internationnale doit nous guider!
Alors là pour en arriver la moi je n’ai pas besoin de faire un grand discours de réponse au pdt d’ATTAC.
J’essaye de gagner du temps ou de ne pas en perdre.
Le capital a toujours un coup d’avance, grâce à ce coup il parvient à nous encercler!
La vraie question c’est:
Comment reprendre l’avantage aujourd’hui quand visiblement la crise du mouvement alter nous renvoie à la chute du mur.
Bises,
DIMITRI (QUI SAIT LIRE!!!)